ANALYSES LEXICOMETRIQUES

29 septembre 2019

Dr. Martin MOMHA - ANALYSE SUR HYPERBASE ET SPHINX DES PROCEDES DE DENOMINATION, DE QUALIFICATION ET DE COMPARAISON

DENOMINATION_AUTOCHTONE

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Les représentations des populations autochtones dans la cyberpresse canadienne d’expression française de 2008 à 2012 : analyse sur hyperbase et sphinx des procédés de dénomination et de comparaison **

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Dr. Martin Momha

Laboratoire d’Analyse des Données Textuelles

Université de Moncton

 

Le but de cet article est d’identifier  et d’analyser les marques de dénomination, de qualification et de comparaison associées aux populations autochtones dans la presse québécoise et acadienne. L’étude lexicale et thématique de ces trois déterminants (dénominateurs, qualificateurs, comparateurs) dans le corpus quinquennal constitué se réalise selon une grille méthodologie éclectique inspirée des travaux de Patrick Charaudeau (1992) sur le plan grammatical, de David Erlich (1995) sur le plan thématique, de Charles Müller (1976 ; 1977) sur le plan lexical, et avec le concours de deux logiciels d’analyse statistique des données textuelles : hyperbase et sphinx.

 

Mots-clés 

 Autochtones, représentations, dénomination, comparaison

 

Introduction

La dénomination est un procédé qui consiste en la « désignation d’une personne ou d’une chose par un nom qui en exprime l’état, l’espèce, les qualités essentielles » (wiktionnaire). Sur le plan socio-ontologique (Michel Meyer, 1999), la dénomination permet aux êtres à travers les traits caractéristiques de leur personnalité de manifester leur singularité dans la société.  Sur le plan grammatique, la dénomination est une opération de sens qui est intrinsèque à la qualification, car les concepts utilisés pour dénommer servent aussi à qualifier.  C’est le cas du lexème « autochtones » qui désigne à la fois un groupe ethnique quand il est employé comme substantif et une qualité propre aux autochtones lorsqu’il est employé comme déterminant spécifique. Une dénomination attribuée à une communauté d’individus peut contribuer à  sa valorisation ou à sa marginalisation. Quand des groupes de supporters  anglais se font appeler  « hoolygans », ils véhiculent dans cette appellation un concept qui associe le sport, la violence et  le néonazisme. Lorsque les français s’autoproclament « gaulois » (Serge Berstein, 2001) ils mettent en exergue leur identité chevaleresque et conquérante. On peut multiplier de tels exemples à l’infini. Mais ce qui nous intéresse dans cette étude, c’est en priorité les connotations des identités nominatives attribuées aux premiers habitants du Canada et véhiculées dans la presse canadienne d’expression française.

En effet, depuis la découverte du Canada par les premiers explorateurs (1534),  les populations de souche qui habitent ce territoire se sont vues affubler d’une multitude de noms plus ou moins dégradants. On les appelle collectivement les « autochtones ». Cependant, si le concept d’autochtonie traduit fondamentalement une idée de droits du sol, de jouissance et de propriété foncière, dans le contexte canadien, l’autochtonie renvoie à la différence, à l’exclusion, à la violence, à la pauvreté et aux non-droits. Quand on parle d’autochtone dans les médias canadiens, ce sont des stéréotypes et des caricatures spécifiques à ces peuples qu’on souligne en filigrane. Notre étude n’a pas pour but de recenser ces clichés ou ces formes de représentations, mais plutôt d’explorer minutieusement le corpus afin de dégager quantitativement et qualitativement les modes d’incarnation identitaire ainsi que les différents référents auxquels on compare les populations autochtones.

 

Etat de la question

Cet article fait suite à une communication (Momha &Kasparian, 2013) présentée lors de la 37ème rencontre des linguistiques des provinces Atlantiques sur le thème « Langues et cultures amérindiennes», colloque tenu du 01-02 novembre 2013 à l’université de Moncton. Le sujet que nous avons développé portait sur «l’analyse ethno-logométrique des modes de représentation des populations autochtones dans la cyberpresse acadienne et québécoise de 2008 à 2012». Dans la présente étude, je continue l’exploration du même corpus numérique, mais avec pour objectif précis de décrire la manifestation de deux formes d’incarnation identitaire : la dénomination et la comparaison. Cette analyse n’est pas un cas isolé, car les recherches sur les populations autochtones ont du vent en poupe, si l’on s’en tient aux directives du Conseil de Recherche en Sciences Humaines du Canada. Cette problématique, le plus souvent, est abordée sur les plans sociologiques, juridiques et ethnologiques. Notre approche se singularise des autres par son ancrage médiatique (corpus de presse) et l’usage des logiciels spécialisés pour le traitement des ressources textuelles.

 

Cadre théorique

Le cadre théorique qui sous-tend nos investigations est l’Analyse du Discours.C’est un véritable no man’s land situé à la confluence de plusieurs sciences du langage, voire des textes. Jean Caron (1983) souligne « qu’elle recouvre des entreprises très hétéroclites qui vont des études de la statistique lexicale jusqu’à des théories de sémiotique textuelle ».  Son but, selon Maingueneau (1989), est « l’étude d’un regroupement d’énoncés dispersés entretenant entre eux une relation essentielle de filiation et définissant une identité énonciative historiquement circonscriptible ». Ainsi, les formations discursives que nous étudions sont des archives de presse écrite en version numérique. Mais notre cadre théorique déborde largement le domaine de l’Analyse du Discours médiatique pour déboucher sur l’ethnosociologie en tant « qu’étude comparative et explicative de l'ensemble des caractères sociaux et culturels des groupes humains ou d’ethnies » ( Jean Servier, 1986),  car il s’agit entre autres de dégager les formes de représentation des populations autochtones  à travers une analyse empirique de leurs dénominations. Le travail d’exploration, dépouillement et d’extraction d’information qui précède notre analyse est réalisé grâce aux logiciels d’analyse statistique des données textuelles.

 

Le corpus

Notre corpus quinquennal se compose de 471 articles de journaux publiés et mis en ligne entre 2008 et 2012. Ces textes ont été sélectionnés sur la base du critère de pertinence. Ils proviennent des archives numériques de neuf éditeurs de presse électronique diffusant sur le réseau cybernétique à partir du Canada. Ces neufs organes de presse sont les suivants :

 

  • La presse, Montréal
  • Le soleil, Québec
  • Le Droit, Gatineau /Ottawa
  • La Tribune, Sherbrooke
  • Le Quotidien, Saguenay /Lac-St-Jean
  • Nouvelliste, Trois-Rivières
  • La Voix de l’Est, Granby
  • Acadie Nouvelle, Moncton
  • AFP, Dépêches

 

Sur le plan statistique, le volume du corpus est de 484951 caractères, dont 25307 unités lexicales distinctes. Selon les cinq jalons chronologiques, la distribution des mots  se présente comme suit :

 

Nb. cit

Fréq

2008

1623

6,4%

2009

3821

15,1%

2010

6018

23,8%

2011

6005

23,7%

2012

7480

31,8%

Total

25307

100%

 

Problématique

La question de recherche qui sous-tend nos investigations vise à savoir quelles sont les dénominations génériques et spécifiques que les énonciateurs ou les sujets communicants utilisent dans le discours médiatique contemporain pour nommer les premières nations du Canada et quels sont les peuples de conditions similaires avec lesquels ces groupes ethniques sont mis en comparaison dans un rapport implicite ou explicite ?

 

Méthodologie

L’analyse des modalités de dénomination et de comparaison dans notre corpus obéit d’une part procédés de la statistique lexicale  et d’autre part au protocole de l’approche thématique. Le premier concept opératoire intervient dans la phase heuristique, laquelle consiste au balisage du corpus, au dépouillement,  en l’extraction systématique d’informations et en l’analyse quantitative sur sphinx et  hyperbase des cooccurrences. Dans cette démarche textométrique, le vocable est considéré comme une unité de lexique et le mot comme l’unité du texte. L’analyse thématique qui se veut ethnologique, descriptive, contextuelle et qualitative intervient dans la phase herméneutique lors de l’interprétation des tableaux lexicaux, des graphes représentationnels et des environnements des différents lemmatiseurs.

 

Plan de l’étude

Notre analyse se développe en deux parties. Dans la première, nous observerons les manifestations textuelles de trois modes de dénomination des populations autochtones et dans la deuxième partie, nous étudierons procédés de comparaison logique et figurative de ces peuples aux êtres proches et lointains qui peuplent l’univers qui les entoure ou font partie de la cosmogonie universelle.

 

I/ LA DENOMINATION

La dénomination est un terme qui englobe les différents modes de désignation, d’appellation ou d’interpellation d’un être. On peut désigner quelqu’un par son nom, son titre, sa race, sa fonction, son ethnie ou à travers des procédés rhétoriques tels que  la périphrase, circonlocution, la mise en apposition ou des marqueurs grammaticaux à l’instant des pronoms personnels. Dans le corpus qui fait l’objet de notre analyse, les populations autochtones sont représentées nommément selon trois modalités : les dénominations génériques, les dénominations spécifiques et les dénominations énonciatives. Cette dernière  dépend de l’orientation du discours et de la nature des énonciateurs.

 

 

 

I.1. Les dénominations génériques

Pour désigner les autochtones dans notre univers du discours en tant que communautés, groupes ou populations, les énonciateurs font usage de huit dénominateurs : autochtones, amérindiens, premiers peuples, premières nations, indiens, indigènes, aborigènes et sauvages. La répartition de tous ces variables permet d’observer la dissémination d’informations entre les différents axes

 

Figure 1 : AFC dénominations_ génériques

Cette représentation graphique de l’Analyse Factorielle de Correspondance présente en détail les différents variables associées aux huit dénominations génériques. On constate à la lecture du graphique que trois appellations s’éloignent de l’axe principal : il s’agit de « sauvagine », « indianité » et « indigenous ». Une analyse sur sphinx des cooccurrences de ces huit lemmes fondamentaux nous donne le tableau d’effectifs suivants :

 

Tableau 1 : Génériques_groupes

 

Il ressort de ce tableau que les dénominateurs sont disproportionnellement employés dans le corpus. La préférence est accordée à Autochtone (49%), suivi de Premières Nations (27%), Indiens  (08%), Premiers Peuples (08%), Amérindiens (05%), Aborigènes (01%), Indigènes (01%) et Sauvages (01%). Le graphique qui suit visualise la représentation en barres de ces différentes données :

 

Graphique 2 : Génériques_groupes

Mais quel est le contexte d’énonciation de ces différents dénominateurs ? Quelles sont leurs valeurs suggestives ? Nous allons analyser leur environnement thématique afin de déterminer les procédés qui sous-tendent leurs emplois dans l’univers du discours.

I.1.1. Les autochtones

C’est la dénomination la plus utilisée pour nommer, identifier ou représenter les populations de souche du Canada ou les premiers habitants du continent américain. Dans le corpus, cette dénomination est corrélée à cinq lemmes fondamentaux : les droits, les peuples, communautés, populations, affaires. Le graphe représentationnel suivant illustre bien l’environnement thématique de ce lemme principal :

 

Au centre de la dénomination « Autochtone », se développe un concept philosophique qu’on appellerait « Autochtonie », concept défini comme « une manière d’être, de faire, de vivre et d’appréhender le monde par les communautés autochtones ». L’autochtonie implique une reconnaissance des droits territoriaux ou fonciers dévolus naturellement à des peuples primitifs, car «la terre appartient aux premiers occupants».

I.1.2. Les indigènes

La dénomination  « indigène » est mise en abyme dans le corpus lorsqu’il est question de dévaloriser ou de jeter le discrédit sur les populations autochtones qui ne possèdent aucun savoir-faire  ou aucune compétence à faire valoir dans la société moderne. Dans le verbatim qui suit, l’énonciateur fait de l’indigénisme (en tant que défaillance de qualifications) un argument pragmatique qui justifie l’immigration massive des asiatiques au Canada :

Les populations INDIGENES ayant de graves retards en matière d’instruction et de compétences techniques, l’effet final (bien que probablement involontaire), a été le suivant : des millions d’immigrants chinois qui, eux, avaient les compétences recherchées, ont été attirés par cette prospérité, sont venus accaparer les nouveaux emplois de bonnes conditions

_______________________t2008 Page 22 c_______________________________

 

I.1.3. Les Premières Nations

Cette dénomination accorde une certaine souveraineté et un ordre de préséance aux populations de souche qui s’en prévalent et qui devraient en jouir. Elles sont donc considérées comme des pierres d’angle de la fondation sur laquelle les autres nations canadiennes sont arrimées.

Néanmoins, les PREMIERES NATIONS demeurent présentes et incontournables dans la construction du Québec d’aujourd’hui et de demain, et ce, en dépit des mesures inéquitables prônées par des politiques provinciales et fédérales au cours des quatre siècles derniers.

_______________________t2008 Page 28 a_______________________________

I.1.4. Les Premiers Peuples

A l’instar de Premières Nations, Premiers Peuples est une dénomination qui traduit une primitivité ontologique. Loin d’être un avantage, cette incarnation suscite plutôt du racisme et de préjugés.

Raciste, caricature dégradante… **ce qui dérange dans votre message, c’est le renforcement des préjugés a l’égard des PREMIERS PEUPLES : Ces indigènes primitifs incarnés en **guerriers Eseka** aux allures de **nonos**, prêts a tuer pour protéger la **pureté** de l’eau depuis 8000 ans…

_______________________t20011 Page 1618 d_______________________________

 

I.1.5. Les Amérindiens

Cette catégorie générique ne désigne pas seulement les autochtones du Canada, mais globalement les premiers habitants du continent américain. Partout ou ils se trouvent, leur quotidien est fait de protestations, de revendications et de confrontations violentes avec les forces de l’ordre :

Sur un blocus routier, d’AMERINDIENS protestant contre la surexploitation de l’Amazonie, une intervention de police avait dérapé en affrontements, faisant 34 morts dont 24 policiers..

_______________________t2009 Page 507c_______________________________

 

I.1.6. Les Indiens

On parle d’eux dans les médias pour dénoncer les traitements humiliants qu’ils ont subis dans les pensionnats et les mesures assimilationnistes, discriminatoires et ethnocides dont ils ont été des victimes

Les pensionnaires de ce système rigide – instauré par la Loi sur les INDIENS, n’avaient pas le droit de s’exprimer dans leur langue maternelle

_______________________t2008 Page 114b_______________________________

I.1.7. Les Aborigènes

Ce sont des peuples primaires assujettis aux mêmes normes rétrogrades et humiliantes que les autochtones. Leur évocation dans le corpus met en exergue leurs conditions de vie précaire, leur marginalisation sociale et leur combat pour la défense de leurs droits ancestraux et patrimoniaux.

Rappelons que les populations ABORIGÈNES réclament de pouvoir récupérer **leurs droits ancestraux sur les terres**, la FAO souligne qu’elles figurent également **parmi les peuples les plus marginalisés et présentent des niveaux de vulnérabilité et de pauvreté plus élevés que d’autres groupes de populations en Afrique, Asie et Amérique latine.

_______________________t2008 Page 19b_______________________________

 

I.1.8. Les Sauvages

Ce terme humiliant et dégradant est tantôt un adjectif qualificatif tantôt un substantif. Il nous renvoie au degré zéro du développement de l’humanité, c’est à dire dans un temps immémorial ou  l’homme et l’animal vivaient dans la nature. L’utilisation de ce terme au 21ème siècle pour qualifier des êtres humains est non seulement une insulte condamnable, mais aussi une subversion du langage. Même si ce lemme est utilisé dans le corpus à des proportions négligeables par rapport aux autres, il a une valeur suggestive qui exprime le dualisme d’une nation dont les composantes sociologiques fonctionnent en opposition de phase, l’infériorisation d’un groupe ethnique de souche,  le conditionnement juridique d’un peuple et son assimilation forcée. Ces quatre aspects sont illustrés dans le verbatim ci-après :

Quand on parle du Canada, du parfait Canada de la diversité, il faut bien comprendre aussi ce dualisme sacré des civilisés et des SAUVAGES évoluant à des rythmes diamétralement opposés.

_______________________t2011 Page 2081b_______________________________

La loi canadienne sur les SAUVAGES faisait des autochtones des **êtres mineurs**, leur interdisant d’être propriétaires ou de boire de l’alcool sous peine d’emprisonnement et ne leur permettait d’échapper a ce statut qu’en renonçant officiellement a leur culture et leur patrimoine.

_______________________t2012 Page 2362b_______________________________

En 1978, l’Acte des SAUVAGES du Canada est devenu la Loi sur les Indiens

_______________________t2012 Page 2505b_______________________________

Les pensionnats autochtones, projet officiel du gouvernement pour assimiler les jeunes païens SAUVAGES

_______________________t2012 Page 2806a_______________________________

 

En marge de ces huit dénominations, on peut aussi retrouver dans le corpus des qualificatifs comme « barbares », qui expriment la pétulance et la violence des peuples autochtones et des substantifs comme « espèces » qui intègrent les populations autochtones dans le paradigme des espèces biologiques (animales et végétales) en voie de disparition dans un écosystème mondialisé.  Cependant, même si tous les autochtones sont soumis aux mêmes conditions de vie et aux mêmes traitements selon la Loi sur les Indiens, leur sort varie en fonction de la tribu à laquelle ils appartiennent et des dividendes qu’ils perçoivent des industriels désirant exploiter les richesses naturelles de leurs immenses territoires. Ce qui justifie le fait que certaines ethnies spécifiques de ce « Peuple Invisible » (Desjardin, 2009) soient mis au-devant de la scène médiatique par rapport à d’autres.

 

I.2. Les dénominations spécifiques

Nous entendons par «dénominations spécifiques» les modes de nominalisation  des différentes tribus d’autochtones répertoriées dans L’Encyclopédie Canadienne. Une exploration complète du corpus a permet de dégager 14 tribus : Inuit, Mohawk, Huron, Cris, Attikamekw, Attawapiskat, Métis, Algonquin, Wemotaci, Abénaki, Micmac, Mapuche, Odjibwé, etc. Le tableau distributionnel suivant  montre comment les différents variables sont réparties dans les cinq jalons chronologiques.

 

Ainsi, en terme de pourcentage

 

 

Nous n’allons pas faire une revue de toutes ces tribus. Nous ne nous intéresserons qu’aux groupes ethniques les plus récurrents dans l’univers du discours, à savoir : les Inuits, les Mohawks, les Hurons, les Cris et les Attikameks. L’analyse d’un échantillon du contexte nous permettra de cerner les mobiles de leur citation ou de leur interpellation.

 

 

 

2.1. Les Inuits 

Ce sont des autochtones de l’arctique canadien. Ils parlent une seule langue (l’inuktitut ou esquimau-aléoute). Au cours des cinq dernières années, cette tribu a été mise au devant de la scène à cause du Plan Nord du gouvernement québécois.

A nos concitoyens, Premières Nations et INUITS, je réitère aujourd’hui que rien, dans le Plan Nord, ne remettra en question ce qui a été conclu, ce qui est en négociation ou en pourparler.

_______________________t2009  Page 242b_______________________________

2.2. Les mohawks

Cette tribu vit à l’est, sur les rives de la rivière éponyme. Comme tous les peuples autochtones, les Mohawks déshérités, luttent pour la préservation de leurs terres arrachées ou spoliées par des exploitants industriels.

Les MOHAWKS sont préoccupés par la sécurité, leurs droits et par des questions de responsabilités fiduciaire (…) Or les MOKAWKS affirment avoir des droits sur ces terres en vertu de traités autochtones

_______________________t2009  Page 469a_______________________________

2.3. Les Hurons

Ils forment une confédération de cinq tribus localisables dans l’Ontario, le Centre et le Nord du Québec. Les membres de la tribu appellent leurs terres traditionnelles Wendake. Le problème foncier constitue le centre de gravité de leurs principales préoccupations.

Les HURONS – Wendat reprochent au gouvernement fédéral d’avoir signé une entente avec les communautés innues qui couvrent une partie importante du territoire traditionnel de la Nation huronne – wendat et ce, sans l’avoir préalablement consultée et accommodée» et d’ «avoir ignoré sa relation de traité avec la nation huronne- wendat et ne lui avoir donné aucune indication a savoir qu’il était disposé a accommoder les intérêts de la Nation sur son territoire traditionnel, avant de négocier et conclure l’entente de principe avec les Innus»

_______________________t2011 Page 1633a_______________________________

2.4. Les cris

Cette tribu  occupe  un territoire qui s’étend de l’Alberta au Québec, ce qui représente la plus vaste répartition géographique autochtone du Canada. Comme les Inuits, les Cris sont des témoins passifs de la mise en place du Plan Grand Nord sur leurs territoires. D’où leur indignation

C’est inacceptable que e gouvernement se contente de venir nous présenter le Plan Nord sans nous avoir impliqué dans le processus de développement, affirme Roméo Saganash, directeur des relations avec le Québec au Grand Conseil des CRIS

_______________________t2009 Page 339d_______________________________

2.4. Les attikameks

Ces populations vivent en amont de la rivière Saint-Maurice. Leur quotidien est pareil à celui de toutes les communautés autochtones. Leurs soucis constants c’est la circonscription de leurs territoires ancestraux et la préservation de leurs patrimoines :

La carte dessinée sur une peau d’orignal que les chefs ont dévoilé hier, indique un territoire ou vivent quelques cinq millions de personnes mais il empiète sur le territoire des Mohawks, des Abénakis et des ATTIKAMEKS, tout en frôlant de près celui des Ojibways, des Innus (montagnais) et des Cris.

_______________________t2010 Page 792c_______________________________

 

Les dénominations interlocutives

L’interlocution est une forme de nominalisation qui consiste à désigner des êtres à travers l’usage de marqueurs grammaticaux que Charaudeau (1992, 122) appelle les « personnes de l’interlocution». Ce sont des catégories conceptuelles qui jouent dans l’acte de la communication des fonctions de substitution. Elles permettent entre autres de distinguer la personne qui parle(le locuteur), la personne à qui l’on parle (l’interlocuteur) et la personne dont on parle (tiers). Ces trois personnes donnent lieu a trois types de discours :

Le discours élocutif : Quand le sujet communicant est un représentant d’une communauté autochtone (énonciateur pluriel). Ce mode d’énonciation se traduit par l’usage dans le discours les marques grammaticales suivantes : nous, notre, nôtre, nos ...

NOUS, Chefs des premières Nations du Québec, NOUS souhaitons nous adresser aujourd’hui à la population du Québec au sujet des problèmes que nous ayons eu à subir depuis le triste épisode des «pensionnats indiens».

_______________________t2008  Page 3a_______________________________

 

le discours allocutif : Quand d’autres sujets communicants s’adressent aux autochtones en tant qu’interlocuteurs ou destinataires. Les marque formelles de cette énonciation sont des grammèmes suivants : vous, votre, vôtre, vos..r

Les Métis, particulièrement actifs depuis un an devant les tribunaux, seront les premiers à faire sentir leur présence qui, encore là, VOUS pouvez en être sûrs, comportera une grande part de mécontentement, voire de colère à en juger par leur ardeur à protéger ce qu’ils affirment être, pour eux aussi, des «droits territoriaux».

_______________________t2009 Page 301a_______________________________

 

discours délocutif : lorsque les autochtones sont impliqués ou évoqués dans l’acte du langage en tant que des tiers. Les morphèmes qui régissent cette modalité énonciative sont : ils, elles, eux, leurs, leurs, ceux-ci, ceux-là, etc.

Les populations autochtones font face a une discrimination profonde, a une marginalisation historique ainsi qu’a des politiques abusives qui sont le triste résultat d’une violation systématique de LEURS droits fondamentaux

_______________________t2008 Page 26b_______________________________

 

Le tableau des cooccurrences élaboré sur sphinx nous donne une vue globale de la performance statistique des ces trois modalités énonciatives.

 

Tableau : Enonciation

 

Le graphique qui en résulte démontre que le discours sur les autochtones dans la presse canadienne d’expression française est un discours à dominance délocutive.

 

 

II - LA COMPARAISON

La comparaison est le terme d’un processus qui consiste à confronter les qualités, les quantités ou des comportements d’au moins deux êtres, entre eux, et à conclure sur les ressemblances ou dissemblances de ces qualités, quantités et comportements. En rhétorique, la comparaison est une figure de discours qui  instaure entre des êtres un rapport de similitude implicite ou explicite. Cette similitude peut se présenter  sous forme d’une analogie, d’une allusion,  d’une transposition, d’une métaphore ou d’une équation binaire (x / y). Dans la grammaire du sens et de l’expression, Charaudeau (1991) en distingue 4 modalités : la graduée, la globale, la proportionnelle et l’évaluative.

Dans notre approche logico-mathématique, la comparaison est le résultat  d’un raisonnement. Elle se caractérise sur le plan structural par sa binarité. En d’autres termes,  elle suppose forcément l’existence de deux éléments dont l’un est le comparant et l’autre le comparé.  Par hypothèse nous allons considérer l’Autochtone comme le comparé et notre étude consistera à retrouver dans le corpus les pôles de référence à travers une analyse lexicométrique et contextuelle des marqueurs grammaticaux de correspondances.

 

2.1. Les comparateurs et les rapports de correspondance logique

Pour étudier systématiquement les processus logiques de comparaison, nous avons élaboré une taxinomie qui permet de spécifier  divers rapports entre le comparant et le comparé.

1/ L’égalité (X = Y) : rapport d’équivalence ou d’analogie entre le comparant (X) et le comparé (Y).

2/L’infériorité (X  < Y) : intensité basse dans le rapport hiérarchique entre le comparant (X) et le comparé (Y).

3/Supériorité (X > Y) : intensité haute dans le rapport hiérarchique entre le comparant (X) et le comparé (Y).

4/ La différence (X≠Y) rapport d’opposition ou de contraste entre le comparant (X) et le comparé (Y).

5/ l’implication (X→ Y) : rapport causal entre le comparant (X) et le comparé (Y).

6/ L’intersection (X  ∩ Y) : rapport d’intermédiarité entre le comparant (X) et le comparé (Y).

7/ Le rapprochement (X ~ Y ) : rapport d’approximation ou de transposition entre le comparant (X)  et le comparé (Y).

8/ Le partenariat (X U Y) : rapport de conciliation entre le comparant (X) et le comparé (Y).

9/ Le parallélisme (X II Y): rapport d’alternance entre le comparé (X) et le comparant (Y)

10/ Le regroupement (X/Y): rapport de singularisation ou de globalisation entre le comparant (X) et le comparé (Y)

 

Le tableau suivant visualise les 10 typologies de correspondances ainsi que les comparateurs qui les régissent :

 

Formule

Rapport

Comparateurs

X = y

Égalité

Aussi, pareil, tel, comme, semblable à, comparable à, conformément à, autant, de même que, autant que, manière, façon, semblable, identique, égal, également, a l’instar de…

X  < Y

Infériorité

Moins que, inférieur à, réduire, en dessous de/au dessous de, plus bas, ralentissement, diminution, dégradation, moins élevé, pire que,  bas, en chute, baisse, en régression, faible

X > Y

Supériorité

Supérieur à, plus que, au dessus de, au-delà de, plus haut, plus  élevé, recrudescence, meilleur que, croissance, accélération, augmentation, amélioration, accroissement, fort

X≠Y

Différence

Contre, confrontation, division, rupture, contraire à, contrairement à, contradictoire à, paradoxalement, en opposition, opposé, conflictuel, conflit, en rivalité avec, différent, distinct, non plus

X    Y

Implication

Cause, conséquence, Donc, entraîne, conduit à, a pour conséquence, serait la cause de,  à l’origine de, entrainer, provoquer, produire, déclencher, se transformer en,  devenir, paraître, entraîne,

X  ∩ Y

Intersection

Intervalle, jonction, entre, l’un et/ l’autre,  ni l’un ni l’autre, non plus, soit, parmi

 

X ~ Y

Rapprochement

Tendre vers, considérer, menant vers, orienté vers, Relatif, Presque, paraître, proche de, sensiblement, environ

 

X U Y

Partenariat

Rencontre avec, conciliation avec, réconciliation avec, négociation, collaboration, dialogue, partenariat, entente,

X II Y

Parallélisme

parallèlement à, ou, par rapport à,  adapté à, reproduire, plutôt, ailleurs, de sorte que, certains, ceux-ci, quant à, alternance, transposition

X /Y

Regroupement

Général, particulier, générique, spécifique, Chaque, chacun, seuls les, seulement les… tous les, ensemble

 

Ces typologies se déploient dans le corpus dans des contextes d’énonciation différents. En guise d’illustration de leurs manifestations, nous analyserons un comparateur de chaque catégorie dans son environnement discursif.

L’égalité

Le premier ministre les accuse de dépendre les autochtones COMME des «alcooliques» et les «toxicomanes».

_______________________t2011  Page 1840 a_______________________________

L’infériorité/supériorité

Ce quartier, habité par 30% d’autochtones et plus de 20% d’immigrants d’origine chinoise, est LE PLUS pauvre au Canada avec 80% de ménages dont les revenus se situent EN DESSOUS du seuil de pauvreté.

_______________________t2008  Page 45c_______________________________

Différence

Selon lui, la DIFFÉERENCE est encore énorme entre le financement accordé aux écoles sur les réserves et celles à l’extérieur

_______________________t2012  Page 2435 c_______________________________

L’implication

Car là où se trouve le principal établissement d’hébergement pour Inuits, à l’ouest de Notre-Dame-de-Grâce, certains patients ont été entrainés dans la drogue et la criminalité À CAUSE des gangs de rue.

_______________________t2010  Page 851a_______________________________

 

Intersection/disjonction

Nous ne sommes NI québécois ni canadiens, pourquoi voterions-nous ?

_______________________t2010  Page 851a_______________________________

Rapprochement

Ce n’est pas un hasard si la tuberculose frappe davantage les communautés du Grand Nord : certains autochtones vivent dans des conditions similaires PROCHES DE celles du tiers monde** ,  déplore Camil Bouchard, ex-député du Parti Québécois

_______________________t2012  Page 2478a_______________________________

A l’époque, cette proposition d’entente avait soulevé le mécontentement dans plusieurs villages situés PRÈS DE trois communautés autochtones.

_______________________t2009  Page 285 d_______________________________

Partenariat

Les chefs Attikamekws étaient toujours a la table de NÉGOCIATION avec Québec, hier soir vers 22h30. La question des redevances sur l’exploitation de la forêt était au cœur des discussions.

_______________________t2012  Page 2385 c_______________________________

Parallélisme

Le dernier discours du trône en Saskatchewan a consacré 2010 **année des Métis**, en lien avec la grande commémoration qui se mettra en branle cet été qui nous fera revivre la rébellion ultime de ce peuple fondateur, PARRALLÈLEMENT au conflit qui mettait aux prises AU MÊME MOMENT les Indiens Cris et les Habits rouges.

_______________________t2010  Page 795 c_______________________________

Le regroupement

Selon un récent rapport de l’ancienne vérificatrice Sheila Fraser, l’écart relatif en matière de scolarité entre Premières Nations vivant dans les réserves et la population EN GÉNÉRAL, s’est creusé au cours des dernières années.

_______________________t2011  Page 1948 c_______________________________

 

 

 

 

Les comparaisons figuratives

Les dénominations figuratives sont des référents imagés que les sujets communicants utilisent par transposition ou par contextualisation pour représenter les populations autochtones. Ces images établissent une analogie entre les communautés autochtones du Canada  et d’autres peuples de conditions similaires. Dans le corpus, il est difficile d’en faire une évaluation quantitative, compte tenu de leurs manifestations discursives informelles. Cependant, l’exploration du contenu discursif permet de distinguer 4 grands schèmes d’équivalences :

Grand Nord Québécois / Amazonie

L’Aidesep estime que l’Etat veut avoir les mains libres pour continuer d’octroyer des concessions minières et pétrolières en AMAZONIE, et veut faire dire explicitement a la loi que les indiens n’ont, au final, pas droit de veto sur un projet d’investissement.

_______________________t2009 Page 301a_______________________________

Grand Nord Québécois / Tiers Monde

Ce n’est pas un hasard si la tuberculose frappe davantage les communautés du Grand Nord : «certains autochtones vivent dans des conditions similaires PROCHES DE celles du tiers monde» ,  déplore Camil Bouchard, ex-député du Parti Québécois

_______________________t2012  Page 2478a_______________________________

Réserves autochtones/ camps de réfugiés somaliens

Les conditions de vie sur cette réserve sont plutôt caractéristiques des camps de RÉFUGIÉS de la Somalie africaine, sinon d’un de ces villages récemment pulvérisés par l’aviation en Libye.

_______________________t2011 Page 2077c_______________________________

Autochtones du Canada/ Aborigènes d’Australie

La mise sous tutelle forcée des communautés aborigènes en AUSTRALIE en 2007 est un exemple probant de cette attitude autoritaire qui inspire sans doute les conservateurs canadiens (à noter que Harper a déjà lu un discours littéralement copié sur Howard, le premier ministre australien de l’époque)

_______________________t2012 Page 2910c_______________________________

 

Loi sur les Indiens /Politique d’Apartheid en Afrique du Sud

La loi sur les Indiens a instauré un système administratif et symbolique qui, rappelle-t-on, dans ce film Club Native, aurait même inspiré le régime d’apartheid Sud-africain.

_______________________t2010 Page 703c_______________________________

 

 

RASTIER, François, éd. L'Analyse thématique des données textuelles : l'exemple des sentiments. Paris : Didier. 1995. (Collection Études de sémantique lexicale). ISBN 2-86460-244-X.

 MULLER (Ch.),

Initiation aux méthodes de statistique linguistique,

Paris, Hachette, 1973.

MULLER (Ch.),

Principes et méthodes de statistique lexicales,

Paris, Hachette, 1977.

La

Recherche française par ordinateur en langue et littérature. Actes du colloque organisé par

l'université de Metz,

Genève, Slatkine, juin 1983. SAGNES (Guy),

L'Ennui dans la

littérature française de Flaubert à Laforgue,

Paris, Armand

Colin, 1969. TROUSSON (R.),

Thèmes et mythes : questions de méthodes,

Bruxelles,

Éditions de l'Université

de Bruxelles, 19

 

Michel Meyer Pour une histoire de l'ontologie, Presses Universitaires de France, 1999 (ISBN 2130497926),

  Serge Berstein, Histoire du Gaullisme, Perrin, 2001, ISBN 2-262-01155-9

  SERVIER, Jean, Méthode de l’ethnologie, PUF, coll Que sais-je ? , 1986, p 3.

 

Graduée :confrontation entre deux êtres. Degré de qualité ou de quantité du pôle de référence . exemple : Martin est plus, moins, aussi grand que…)

Globale : le comparant aboutit à un constat d’identité (le même) ou de différence (autre) par rapport au comparé (exemple ; il est naïf comme)

Proportionnelle : mise en regard de deux pôles gradués parallèles et antagonistes (ex : plus...x agit… plus/moins)

Evaluative : antagoniste : plutôt se taire que trahir.

GRADUEE (intensité): plus, moins, aussi..que

GRADUEE quantitative ) : autant…que

LE SUPERLATIF : le plus, meilleur, au plus

 

GLOBALE identité : comme, ainsi que, tel que, tel, tel quel, de même que, le même, la même, a la manière de, a la façon de, semblable a, identique a, une sorte de, presque

Globale différence : ne pas, non plus, non, pas, autre que, autrement que, ailleurs, différent, distinct, différemment, différent de

 

La graduée qui consiste en une opération de simple confrontation entre deux êtres

La globale :

 DENOMINATION_AUTOCHTONE

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Dr. Martin MOMHA - LES AUTOCHTONES ET LA MENACE ENVIRONNEMENTALE : ESSAI D'ANALYSE LEXICOMETRIQUE

Les_autochtones_et_la_menace_environnementale

Les autochtones du Grand Nord québécois et la menace environnementale

Analyse lexicométrique des archives de presse québécoise mises en ligne de 2008 à 2012

 

 

Dr. Martin Momha

Laboratoire d’Analyse des Données Textuelles

Université de Moncton

 

 

Résumé

Les autochtones du Grand-Nord sont les populations les plus exposées à la pollution industrielle et les plus vulnérables aux changements climatiques. En amont et en aval du sommet de Copenhague, la menace environnementale qui pèse sur ces peuples indigènes a largement été débattue, commentée et illustrée dans la presse québécoise. Cet article a pour but de faire un traitement lexicométrique de ce sujet à travers les modules thématiques qui le sous-tendent.

 

Abstract

Aboriginal of far north of Quebec are the most exposed populations to industrial pollution and the most vulnerable to climate change. Upstream and downstream of the Copenhagen summit, environmental threat to the indigenous peoples has been widely discussed, commented and illustrated in the Quebec press. This article aims to make a lexicometric treatment of this subject through thematic modules that underlie them.

 

Mots clés :

Autochtones, Inuit, environnement, climat, pollution, presse, Grand-Nord, Québec, Canada

 

i/ Contexte historique

En 2009, du 05 au 18 décembre, s’est tenu à Copenhague au Danemark un sommet mondial sur le climat et l’environnement. Les chefs d’états et de gouvernements, les scientifiques, les industriels et les organisations écologistes qui ont participé à cette conférence des Nations Unies sur le climat ont débattu des dangers réels et imminents qui menacent notre environnement et affectent le bien-être de notre planète. Huit mois plus tôt, (avril 2009) les Masai du Kenya, les Saami de Finlande, les Inuits du Canada et les Dayac de Bornéo se sont réunis à Anchorage en Alaska lors d’un sommet international des peuples autochtones de la planète. Convaincus que « les peuples indigènes sont les moins responsables des problèmes planétaires résultants du changement climatique mais seront presque certainement ceux qui en subiront le plus les conséquences »[1], ces communautés autochtones ont pris l’initiative de faire entendre leurs voix avant la conférence de l’ONU sur le climat en décembre à Copenhague.

 

Parrainé par les Nations Unies et sponsorisé par des ONG[2] occidentales, le sommet d’Anchorage est intervenu à un moment critique des négociations  sur la réduction des gaz à effet de serres,car il était « essentiel d’alerter le monde sur les problèmes auxquels font face les peuples indigènes avec le changement climatique et de maintenir un haut niveau d’alerte »[3].

 

Un rapport de la FAO cité par l’Agence France Presse (Rome) dans sa publication du 08 août 2008 élevait déjà le niveau d’alerte sur l’impact du réchauffement de la planète sur la survie des peuples indigènes : « les populations autochtones sont les plus exposées aux changements climatiques qui mettent en péril leurs moyens de subsistance et menacent la biodiversité et la survie de plantes et d’espèces dont ces peuples sont souvent les derniers gardiens».

 

Au Canada, les autochtones qui vivent en symbiose avec la nature selon leurs traditions ancestrales, sont confrontés à deux grandes menaces écologiques : la pollution industrielle et les changements climatiques. L’objectif de notre article n’est pas de proposer des solutions ou d’analyser les accords des différents intervenants sur ce sujet, mais de décrire comment ce phénomène de dégradation environnementale se manifeste textuellement, quantitativement et qualitativement dans la presse québécoise.

 

ii/ Le corpus

Le fonds documentaire que nous allons analyser se compose de 418 articles de presse correspondant à un volume lexical de 25307 mots. Ces ressources documentaires sont des versions numériques de 5 quotidiens québécois publiés sur le web de 2008 à 2012. Ces archives présélectionnées contiennent des informations médiatisées relatives aux représentations des autochtones du Canada en général et des populations du Grand Nord québécois en particulier. Pour contraster l’information de la presse canadienne, nous avons confronté le contenu de ces journaux aux dépêches de l’Agence France Presse (AFP) et des presses associées diffusées en cette même période, car le « changement climatique » est une problématique planétaire commentée en cette période ou reprise en écho par des divers médias internationaux. Le tableau suivant présente la distribution des articles par journaux et par année :

 

 

JOURNAUX

A2008

A2009

A2010

A2011

A2012

Total

La Presse

11

13

19

23

31

97

Le Droit

5

8

11

11

16

51

Le Quotidien

3

11

16

19

19

68

Le Soleil

6

16

20

24

26

92

Le Nouvelliste

3

9

12

12

13

49

AFP

7

9

10

16

19

61

Total

35

66

88

105

124

418

Volume en %

6,4%

15,1%

23,8%

23,7%

31,0%

100%

Tableau 1 : distribution des articles sur les autochtones par journal et par année

 

iii/ Procédures méthodologiques

Pour étudier les manifestations lexico-discursives du thème de « la menace environnementale chez les peuples autochtones », notre  archéologie documentaire  qui combine les méthodes de la statistique lexicale (Lebart et Salem, 1994) et de l’analyse informatisée des données textuelles (Marchand, 1998), est une  philologie numérique qui consiste en trois opérations essentielles :

-          Représenter l’univers thématique par un lexique relatif. Ce répertoire comprend la liste des mots appartenant au corpus et utilisés par des sujets du discours dans divers contextes énonciatifs  pour décrire les phénomènes écologiques ou des mutations environnementales qui sous-tendent  l’espace de vie des peuples indigènes. Cette sélection se fait avec le concours de sphinx (logiciel d’analyse des données textuelles) après dépouillement du dictionnaire du corpus.

 

-          Croiser les variables catégorielles et les variables chronologiques dans une table des contingences et analyser la répartition de l’information ou la distribution occurentielle des lemmes regroupés en sous-modules thématiques dans une carte factorielle. Dans l’analyse lexicale, la lemmatisation consiste au regroupement des différentes formes que peut revêtir un mot, soit : le nom, le pluriel, le verbe à l'infinitif, etc. Par exemple, le lemme « climat » regroupera les mots de la même famille tels que climatique(s), climatologue(s), climat(s), climatosceptique(s), etc.

 

-          Synthétiser les informations lemmatisées contenues dans chaque module et les illustrer par un verbatim ou par un graphe représentationnel. Dans l’analyse des données textuelles, un graphe représentationnel est une figure générée (sur hyperbase), réalisée à partir d’un tableau des cooccurrences et qui illustre le réseau relationnel ou l’environnement thématique d’un lemme sélectionné dans l’univers du discours. Cette figure détermine et systématise les corrélations entre un thème principal que nous appellerons « module » et des sous-thèmes associés que nous appellerons « variantes ». Ce travail qualitatif consiste en un va-et-vient entre le texte et le contexte.

 

iiii/Le monde lexical de l’univers thématique

Le lexique relatif du thème de « la menace environnementale » réalisé sur sphinx après dépouillement de notre corpus quinquennal se compose de 90 mots ci-après énumérés par ordre alphabétique. 

 

1.       Airs

2.       Aires

3.       Agriculture

4.       Amont

5.       Animal

6.       Arctiques

7.       Atmosphère

8.       Aval

9.       Banquise

10.   Biodiversité

11.   Biologique

12.   Bitumineux

13.   Cancers

14.   Champs

15.   Changements

16.   Charbon

17.   Chasse

18.   Chimique

19.   Climatiques

20.   Conséquences

21.   Conservation

22.   Côtières

23.   Dangers

24.   Déchets

25.   Eaux

26.   Ecologiste

27.   Ecosystèmes

28.   Effets

29.   Environnement

30.   Espèces

31.   Etudes

32.   Exploitation

33.   Fonte

34.   Forêt

35.   Gaz

36.   Glacier

37.   Grand Nord

38.   Greenpeace

39.   Habitat

40.   Hydrocarbures

41.   Impact

42.   Industrie

43.   Influence

44.   Inondations

45.   Mammifères

46.   Menace

47.   Mers

48.   Mercure

49.   Métaux

50.   Météo

51.   Minéral

52.   Mines

53.   Minicentrale

54.   Nature

55.   Néfaste

56.   Négatif

57.   Nocif

58.   Nordique

59.   Nucléaire

60.   Océans

61.   Ours

62.   Péril

63.   Pétrolière

64.   Plomb

65.   Poissons

66.   Planète

67.   Plantes

68.   Plastique

69.   Polaire

70.   Potable

71.   Précaire

72.   Protection

73.   Radioactif

74.   Réchauffement

75.   Résidus

76.   Ressources

77.   Risques

78.   Rivières

79.   Sables

80.   Sauvages

81.   Scientifique

82.   Serres

83.   Sols  

84.   Substances

85.   Subsistance

86.   Survie

87.   Température

88.   Tempêtes

89.   Toxique

90.   Tumeurs

 

 

Ces items lemmatisés nous permettent de dégager deux sous-thèmes rattachés à la thématique centrale : a/la pollution industrielle ; b/ le changement climatique.

 

1.      Les autochtones et la pollution industrielle

Par « pollution industrielle », on sous-entend l’ensemble des rejets de composés toxiques que les humains réalisent à travers une multitude d’activités d’industrialisation. Ces substances nocives qu’on appelle « polluants », influencent dangereusement la santé des organismes et de l’environnement. Les pollutions industrielles se manifestent par une contamination de l’air, de l’eau et parfois des sols. Ces phénomènes sont remarquables aux alentours des installations minières ou métallurgiques et dans les grandes cités industrielles surpeuplées. Au Canada, le territoire ancestral de chasse et de pêche des peuples autochtones qui regorge des ressources naturelles fait l’objet d’une surexploitation par des firmes industrielles. Le fracturage hydraulique des sols par des prospecteurs du gaz de schiste et l’extraction des sables bitumineux polluent les rivières en amont  et compromettent la potabilité de l’eau que consomment les populations riveraines. Dans le discours de presse, les scientifiques, les journalistes, les politiciens et les organisations non gouvernementales spéculent sur les conséquences de l’écotoxicité sur la santé des aborigènes.

 

Le sous-thème de la pollution industrielle dans l’univers du discours est un dossier qui peut être décomposé en huit modules ci-après ébauches regroupant des lemmes apparentés provenant du lexique relatif.

 

N0

Modules

Lemmes

1

Biodiversité

Biodiversité, espèces, animaux, sauvages, mammifères, poissons, agricole, forêts, végétaux, champs, plantations

2

Environnement

Airs, aires, sols, rivières, écologie, écosystème, environnement, amont, aval, eaux, potable

3

Tumeurs

Tumeurs, cancers

4

Industries

Exploitation, industries, centrale, hydroélectrique, mines,

5

Polluants

Charbon, mercure, métaux, minerais, plomb, pétrole, bitume, gaz, carbure, déchets, résidus, substances

6

Toxicité

Chimique, nucléaire, radioactif, dangereux, nocif, toxique, néfaste, péril

7

impacts

Effets, risques, conséquences, impact, influences, menaces

8

sauvegarde des ressources

Conservation, protection, ressources, précaires, scientifiques, études, subsistance, survie, Greenpeace

 

Le croisement des variables catégorielles et temporelles nous permet de dresser le tableau des contingences dont les valeurs numériques correspondent au nombre d’occurrecnes des lemmatiseurs regroupés :

 

Tableau 2 : tableau des contingences de la pollution industrielle en x années

Une projection de ces données sur une carte factorielle de correspondance génère la représentation graphique suivante :

 

Figure 1 : AFC des de la pollution industrielle selon les années

Comme nous pouvons le remarquer, l’axe 1 qui contient 41,07% de l’information comprise dans le tableau, compare les années 2010-2011-2008. Au groupe 2010, sont associées les thématiques reliées la description de  la toxicité ou de la nocivité de la pollution industrielle (modules 5, 6) tandis que les années 2011 et 2008 se caractérisent par une mise en exergue de l’impact de la pollution industrielle sur la santé des populations (modules 4, 3, 7). La conséquence inéluctable du rejet des résidus polluants et cancérigènes dans l’atmosphère, la nature et les cours d’eau est la prolifération des tumeurs. L’axe 2 qui totalise 32, 90% de la variance met en rapport les années 2010 et 2009. Le premier groupe se caractérise par des thématiques relatives à la préservation ou à la sauvegarde de la biodiversité (modules 1, 8), tandis que le second décrit la fragilité de l’écosystème (module 2).  La pollution industrielle et ses implications dans l’univers du corpus peuvent être illustrées par le graphe représentationnel suivant :

 

 

Graphique 1 : Graphe de l’environnement thématique du mot «bitumineux»

Les principaux protagonistes lexicaux qui sont mis en scène dans cette figure sont : Greenpeace, poissons, Alberta, industrie, pétrole, environnement, sables, bitumineux, impact, écologistes... Ces principaux items sont les mêmes qui structurent les huit modules de ce sous-thème. Sur le plan fonctionnel, l’environnement thématique du mot « bitumineux » comportent trois branches directionnelles : droite, centrale et gauche. La branche de droite ouvre la voie à des discussions politiques entre les Partis de Droite, promoteur du projet et les Partis de l’opposition dont le plus concerné à Gauche est « les écologistes ». Les deux autres ramifications expriment la prise de position de Greenpeace dans la bataille contre l’activité des industries minières dont les rejets polluants déversés dans des rivières, contaminent les nappes phréatiques et compromettent les écosystèmes pélagiques et la potabilité de l’eau.

 

Il est évident que les «sables bitumineux» se classent dans la catégorie des énergies fossiles. Ils accroissent le potentiel économique des localités situées au nord de l’Alberta où ils sont exploités, cependant, cette ressource naturelle présente des risques gravissimes pour la santé des organismes et un  impact majeur sur les écosystèmes. Les deux verbatim suivant extrait du corpus de 2010 l’attestent bien :

«Une récente étude lie l’exploitation des sables bitumineux, à  des niveaux élevé de plomb, de mercure et d’autres métaux lourds dans le système hydrique de cette rivière ».

«Le réalisateur James Cameron s’est dit horrifié de l’idée que les Albertains vivant dans les régions en aval des industries de sables bitumineux contractent des maladies, développent des cancers et pêchent des poissons déformés par des tumeurs»

                                                             Lapresse Canadienne, 29 septembre 2010

2. Les changements climatiques

Les changements climatiques résultent directement ou indirectement du réchauffement planétaire. Ces phénomènes qui se manifestent par une augmentation de la quantité de chaleur de l’atmosphère, des océans et de la surface terrestre impliquent la fonte de la banquise, la diminution de la surface et de l’épaisseur des glaciers, la perte de la masse des calottes polaires de l’Arctique et du Groenland, l’élévation du niveau moyen des océans, la perturbation du cycle de l’eau entraînant des inondations, des tempêtes ou des sécheresses prolongées, la modification des saisons et du cycle des végétaux, la migration d’espèces animales, les troubles cardio-vasculaires et respirations chez des populations vulnérables, etc..

Au canada, les populations les plus concernées par le réchauffement climatique sont les autochtones du Nord du Québec et plus précisément des Inuits. Dans l’univers du discours, la thématique des « changements climatiques » peut se décliner en 10 modules dont chacun est régulé par des lemmes extraits du lexique relatif et concourant à la représentation discursive du thème.

 

N0

Module

Lemmes

1

Pôle Nord

Arctique, nordique, polaire

2

Planète

Planète, atmosphère, réchauffement, température

3

Glaciers

Banquise, glaciers, fonte, ours, chasse

4

Climat

Climat, changements, saisons

5

impact

Conséquences, dangers, impact, influences, effets, menaces, néfastes, péril, inondations, tempêtes

6

Niveau de la mer

Mers, océans, côtes, eaux, niveau, haut

7

Environnement

Environnement, nature, écologie, écosystème

8

Greenpeace

Greenpeace

9

Pollution

Pétrole, plastique

10

ressources

Ressources, sauvages, précaires, survie

 

Le croisement des paramètres catégoriels avec des variables temporels permet de déterminer et de visualiser les valeurs occurentielles affectées à chaque module dans le tableau des contingences suivant :

 

 

Tableau 2: table des contingences du réchauffement climatique en x années

 

Ces valeurs numériques servent à mesurer le poids relatif de chaque module thématique dans l’univers du discours. L’hypothèse est que plus la fréquence d’utilisation d’un lemme est forte, plus important est le module thématique qui le contient.  L’analyse factorielle de correspondance ci-après illustrée par un graphique permet de visualiser la répartition des informations en deux axes.

 

 

 

 

Figure 2 : AFC des du réchauffement climatique selon les années

 

Le premier axe qui rassemble 46,85% de l’information met en rapport les années 2011-2010-2009.  Le module thématique associé au groupe 2011 est  relatif au Pôle Nord  (modules 1). Par contre, les années 2010 et 2009 expriment les conséquences du réchauffement climatiques, en l’occurrence l’élévation du niveau de la mer et la fonte des glaciers (modules 3, 6). L’axe 2 qui englobe 37, 26% de la variance rapproche les années 2012 et 2008. Le premier groupe met dans le même panier les polluants, les écosystèmes et Greenpeace (modules 2, 4, 5), tandis que le second expose l’impact du réchauffement de la planète et  du changement climatique (modules 8, 9, 10).  Une meilleure illustration de ce réseau d’interconnexions et d’implications peut être condensée par le graphique suivant généré sur hyperbase :

 

 

Graphique 2 : Graphe de l’environnement thématique du mot «climatique»

Les unités lexicales qui constituent l’ossature de cette figure sont : ours, populations, mondial, Copenhague, impact, survie, espèce, polaire, arctique, changement, climatique, scientifiques, lutte… Il se dégage du maillage que le changement climatique est un phénomène à l’échelle planétaire qui interpelle la communauté scientifique internationale rassemblée à Copenhague dans un sommet. Ce phénomène qui résulte de l’augmentation des gaz à effet de serres se  manifeste par une variété de faits  mettant en péril la survie des espèces. Dans les régions arctiques, les changements climatiques affectent de plus en plus la reproduction des ours polaires et la survie des populations autochtones comme cela se dévoile dans le verbatim suivant tirés des corpus de 2009 et de 2011. Le premier est une analyse scientifique et le second est une analyse journalistique :

 

 

 

Conclusion

Les prospections minières réalisées dans les territoires occupés par des autochtones au Canada produisent un double impact négatif sur les populations indigènes. D’une part, ces activités qui contribuent au réchauffement de la planète à travers leurs émissions de gaz à effet de serres, provoquent le réchauffement climatique. Non seulement la fonte des glaciers compromet la vie des ours polaires, mais aussi menace la sédentarisation des inuits qui vivent de la glace, de la neige et du froid depuis des millénaires. « Alors, quand la situation devient précaire, ces droits que nous avons, comme autochtones, de maintenir notre mode de vie sont minimisés ou même écrasés par les implications des changements climatiques»[4] . D’autre part, les résidus d’hydrocarbures et des métaux lourds rejetés dans les rivières et fleuves par des compagnies minières et pétrolières bouleversent le cycle des écosystèmes et la santé des organismes. Une conjoncture qui amène un porte-parole du réseau environnemental autochtone à  faire le constat alarmant suivant : «les peuples autochtones des régions de l’arctique sont des canaris de la mine de charbon ; ils subissent des changements climatiques cinq fois plus importants que ce que nous vivons ici»[5]. Le corpus de presse que nous avons analysé actualise opportunément ce débat dilemmatique qui met le Canada d’une part face à ses objectifs de croissance économique à travers la promotion des activités industrielles et d’autre part face au droits  intrinsèques des peuples autochtones et aux injonctions internationales concernant le plan de sauvegarde de la planète.

 

 

 

Bibliographie, références

 

Personnes ressources citées

  • Patricia Cochran, présidente de « la Conférence Inuit circumpolaire ».
  • SamJohnston, Université des Nations Unies à Tokyo, co-parrain du sommet d’Anchorage,
  • Clayton Thomas Muller, Porte-parole du Réseau Environnemental Autochtone, interview dans Le Soleil, 6 novembre 2009.
  • Sheila Watt-Cloutier, cheffe inuit et activiste, interview dans Le soleil, 06 novembre 2009

Tables ronde et article de colloque

  • Fritz G. : « peuples indigènes : survivance et défis », in  le patrimoine commun de l’humanité, colloque, 6-7 avril 1995, université de Bourgogne.
    • « Ressources naturelles et communautés autochtones : les nouveaux modèles de partenariats », Table ronde, 12 juin 2012, université de Montréal, Forum économique international des Amériques.

Déclarations

  • Déclaration des Nations Unies sur les Droits des Peuples Autochtones, Résolution adoptée par l’Assemblée générale, 13 septembre 2007 : en français
  • Déclaration  du premier forum international des peuples autochtones sur le changement climatiques adoptée à Lyon-France, 4-6 septembre 2000.

Rapports

  • Rapport annuel "Monde Autochtone"2011- 2012 – GITPA
  • Rapport : «Les sociétés transnationales minières face au droit des peuples autochtones. Quels acteurs, pour quels enjeux?" Claire Levacher – GITPA, septembre 2012.

Revue

  •  « Nature sauvage, nature sauvée, écologie et peuples autochtones », Ethnies, vol 13, N° 24-25, 1999.

Ouvrages méthodologiques

  • Marchand P. L’Analyse du discours assistée par ordinateur, Paris, Armand Colin, 1998
    • Lebart (A.), Salem, Statistique textuelle, Paris, Dunod, 1994
    • Muller (Ch.), Principes et méthodes de statistique lexicale, Paris, Hachette, 1977.
    • Rastier (F) L'Analysethématique des données textuelles, Paris : Didier. 1995.

Outils d’analyse

  • Sphinx
  • Hyperbase

 

 



[1] Patricia Cochran, présidente de « la Conférence Inuit circumpolaire ».

[2] Fondation Ford, Conservation International, The Nature Conservacy, World Wildlife Fund,

[3] SamJohnston, Université des Nations Unies à Tokyo, co-parrain du sommet d’Anchorage,

[4] Sheila Watt-Cloutier, cheffe inuit et activiste, le soleil, 06 novembre 2009

[5] Clayton Thomas Muller, Porte-parole du Réseau Environnemental Autochtone, Le Soleil, 6 novembre 2009

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Dr. Martin MOMHA - LES REPRESENTATIONS DES POPULATIONS AUTOCHTONES DANS LA CYBERPRESSE CANADIENNE

LES_REPRESENTATIONS_DES_POPULATIONS_AUTOCHTONES_DANS_LA_CYBERPRESSE_CANADIENNE_

***********************************************************************************LES REPRÉSENTATIONS DES POPULATIONS AUTOCHTONES DANS LA CYBERPRESSE CANADIENNE D’EXPRESSION FRANCAISE DE 2008 A 2012 : ESSAI D’ANALYSE QUALITATIVE  DE LA DÉNOMINATION ET DE LA COMPARAISON.

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Martin Momha

Laboratoire d’Analyse des Données Textuelles

Université de Moncton

 

Le but de cet article est d’identifier  et d’analyser les marques de dénomination et de comparaison associées aux populations autochtones dans la presse québécoise et acadienne. L’étude lexicale et thématique  de ces déterminants (dénominateurs, comparateurs) dans le corpus quinquennal constitué se réalise selon une grille méthodologie éclectique inspirée des travaux de Patrick Charaudeau (1992) sur le plan grammatical, de David Erlich (1995) sur le plan thématique, de Charles Müller (1976 ; 1977) sur le plan lexical, et avec le concours de deux logiciels d’analyse statistique des données textuelles : hyperbase et sphinx.

 

Mots-clés 

 Autochtones, indexation, dénomination, comparaison, hyperbase, sphinx

 

Introduction

L’indexation d’un texte consiste à « établir automatiquement la liste ordonnée de tous les mots apparaissant dans les documents avec la localisation exacte de chacune de leurs occurrences » (Wiképédia). Cette heuristique relève de l’information documentaire. En tant que procédé rhétorique proche de la périphrase, de la métaphore, de la métonymie et de l’antonomase, l’indexation est une figure de substitution qui  opère sur des relations de voisinage en remplaçant un mot par une expression le désignant (Fontanier, 1977). C’est aussi une forme de circonlocution qui consiste à apostropher quelqu’un ou à l’interpeller dans une relation énonciative. Elle est donc synonyme de la nomination ou de la dénomination.

 

La dénomination est un procédé qui consiste en la « désignation d’une personne ou d’une chose par un nom qui en exprime l’état, l’espèce, les qualités essentielles » (wiktionnaire). Sur le plan socio-ontologique (Meyer, 1999), la dénomination  permet aux êtres à travers les traits caractéristiques de leur personnalité de manifester leur singularité dans la société : « nommer, c’est donner existence à un être au terme d’une double opération : percevoir une différence dans le continuum de l’univers et simultanément rapporter cette différence à une ressemblance » (Charaudeau, 1992, 659-660).

Sur le plan grammatique, la dénomination est une opération de sens qui est intrinsèque à la qualification, car les concepts utilisés pour nommer servent aussi à qualifier.  C’est le cas du référent lexical « autochtone-s » qui désigne à la fois un groupe ethnique quand il est employé comme substantif et une qualité ou une propriété propre aux autochtones lorsqu’il est employé comme déterminant spécifique.

 

Une dénomination conférée à une communauté d’individus peut contribuer à  sa valorisation ou à sa marginalisation. Quand des groupes de supporters se font appeler  « hoolygans », ils véhiculent dans cette appellation un concept qui associe le sport, la violence et  le néonazisme. Lorsque les français s’autoproclament « gaulois » (Berstein, 2001) ils mettent en exergue leur identité chevaleresque et conquérante. On peut multiplier de tels exemples à l’infini. Mais ce qui nous intéresse dans cette étude, c’est en priorité les connotations des identités nominales et nominatives attribuées aux premiers habitants du Canada et véhiculées dans la presse canadienne d’expression française.

 

En effet, depuis la découverte du Canada par les premiers explorateurs (1534),  les populations de souche qui habitent ce territoire se sont vues affubler d’une multitude de noms plus ou moins dégradants. On les appelle collectivement les « autochtones ». Cependant, si le concept d’autochtonie traduit fondamentalement une idée de droits du sol, de jouissance et de propriété foncière, dans le contexte canadien, l’autochtonie renvoie à la différence, à l’exclusion, à la violence, à la pauvreté et aux non-droits. Quand on parle d’autochtone dans certains les médias canadiens, le plus souvent, ce sont des stéréotypes et des caricatures spécifiques à ces peuples qu’on souligne en filigrane. Notre étude n’a pas pour but de recenser ces clichés ou ces formes de représentations, mais plutôt d’explorer minutieusement le corpus afin de dégager quantitativement et qualitativement les modes d’incarnation identitaire ainsi que les différents référents auxquels on compare les populations autochtones.

 

État de la question

Cet article fait suite à une communication (Momha &Kasparian, 2013) présentée lors de la 37ème rencontre des linguistiques des provinces Atlantiques sur le thème « Langues et cultures autochtones», colloque tenu du 01-02 novembre 2013 à l’université de Moncton. Le sujet que nous avons développé portait sur «l’analyse ethno-logométrique des modes de représentation des populations autochtones dans la cyberpresse acadienne et québécoise de 2008 à 2012». Dans la présente étude, je continue l’exploration du même corpus numérique, mais avec pour objectif précis de décrire la manifestation de deux formes d’incarnation identitaire : la dénomination et la comparaison. Cette analyse n’est pas un cas isolé, car les recherches sur les populations autochtones ont du vent en poupe, si l’on s’en tient aux directives du Conseil de Recherche en Sciences Humaines du Canada. Cette problématique, le plus souvent, est abordée sur les plans sociologiques, juridiques et ethnologiques. Notre approche se singularise des autres par son ancrage médiatique et l’usage des logiciels spécialisés pour le traitement des ressources textuelles. Elle se situe dans un continuum des travaux réalisés au Laboratoire d’Analyse des Données Textuelles de l’Université de Moncton et présentés aux JADT, travaux portant sur une analyse d’un corpus de presse canadienne (Chabot, Kasparian, Desjardins, 2008)

 

Cadre théorique

Le cadre théorique qui sous-tend nos investigations est un interstice combinatoire de trois courants : l’Analyse du Discours, la socio-ethnologie et  l’information documentaire. L’Analyse du Discours  recouvre des entreprises très hétéroclites qui vont des études de la statistique lexicale jusqu’à des théories de sémiotique textuelle » (Caron, 1983).  Son but, selon Maingueneau (1989), est « l’étude d’un regroupement d’énoncés dispersés entretenant entre eux une relation essentielle de filiation et définissant une identité énonciative historiquement circonscriptible ». Ainsi, les formations discursives que nous étudions sont des archives de presse écrite en version numérique, mises en ligne entre 2008 et 2012. Il s’agit donc de l’analyse d’un discours contemporain.

La base de notre triangle analytique est l’ethnosociologie en tant « qu’étude comparative et explicative de l'ensemble des caractères sociaux et culturels des groupes humains ou d’ethnies » (Servier, 1986),  car il s’agit entre autres de dégager les formes de représentation des populations autochtones  à travers une analyse empirique de leurs dénominations. Le catalogage des communautés autochtones dans un répertoire lexicologique ou thématique contribue conséquemment à leur étiquetage et à leur qualification.

Enfin, le troisième versant de notre cadre théorique est l’indexation, un procédé de l’information documentaire qui consiste au repérage et à la localisation des cooccurrences de mots significatifs appartenant au corpus.  Avec le développement du « tout numérique », l’indexation (automatique) s’opère à travers des moteurs de recherches et des logiciels d’analyse des données textuelles. Dans le langage documentaire, les mots-clés sont nommés « vedettes-matière ». En référence à notre corpus, la vedette-matière est « autochtone », une « matrice lexicale » qui regroupe des termes apparentés au terme principal et obtenus par lemmatisation (Benzécri, 1983), c’est-à-dire par relèvement des fréquences occurrentielles et des variations du mot « autochtone ». Ainsi, notre analyse consiste  à explorer le corpus avec sphinx et hyperbase afin  d’étudier  les mots et expressions utilisés par des énonciateurs dans le discours pour exprimer la vedette-matière (relations d’équivalences), les mots et expressions utilisés par les sujets communicants pour exprimer un rapport de supériorité/générique ou de subordination/spécifique entre des notions apparentées à la vedette-matière (relations hiérarchiques), les mots et expressions utilisés par les locuteurs pour exprimer la relation qui lie les concepts associés à la vedette-matière (relations d’association) .

Le corpus

Notre corpus quinquennal se compose de 471 articles de journaux publiés et mis en ligne entre 2008 et 2012. Ces textes ont été présélectionnés sur la base du critère de pertinence. Ils proviennent des archives numériques de neuf éditeurs de presse électronique diffusant sur le réseau cybernétique à partir du Canada (www.lapresse.ca). Ces neufs organes de presse sont les suivants :

 

  • La presse, Montréal
  • Le soleil, Québec
  • Le Droit, Gatineau /Ottawa
  • La Tribune, Sherbrooke
  • Le Quotidien, Saguenay /Lac-St-Jean
  • Nouvelliste, Trois-Rivières
  • La Voix de l’Est, Granby
  • Acadie Nouvelle, Moncton
  • AFP, Dépêches

 

Lors de la constitution du corpus, nous n’avons pas sérié les données textuelles en fonction de l’origine (éditoriale ou régionale) des articles et encore moins de leurs signataires, car le but de cette étude de catalogage n’est pas de dégager la corrélation entre la politique éditoriale d’un journal et la couverture des activités autochtones. Nous avons plutôt  regroupé les articles dans une seule formation discursive en les subdivisant en cinq pôles chronologiques selon leur date de publication. L’hypothèse est de mesurer pertinemment en termes de fréquences et d’occurrences le poids réel et la distribution chronologique de la dénomination « autochtone » dans la presse canadienne d’expression française.

Sur le plan statistique, le volume du corpus est de 484951 caractères, dont 25307 unités lexicales distinctes. Selon les cinq jalons chronologiques, la distribution des mots  par année se présente comme suit :

 

 

Nb. cit

Fréq

2008

1623

6,4%

2009

3821

15,1%

2010

6018

23,8%

2011

6005

23,7%

2012

7480

31,8%

Total

25307

100%

 

On constate de prime-abord que selon les années de publication, les jalons ont des volumes inégaux. Cette disproportion est due au fait que nous avons accordé la préférence à la version numérique des journaux et la mise en ligne des articles que nous avons présélectionnés automatiquement à l’aide d’un thésaurus sur le portail de Lapresse (www.lapresse.ca) ne date que du 09 juillet 2008. Cependant, cette inégalité évidente n’a aucun impact sur  l’indexation et l’inventaire des différentes formes et contextes de la vedette-matière (autochtone).

Problématique

La question de recherche qui sous-tend nos investigations vise à savoir quelles sont les dénominations génériques et spécifiques que les énonciateurs ou les sujets communicants utilisent dans le discours médiatique contemporain pour nommer les Premières Nations du Canada et quels sont les peuples de conditions similaires avec lesquels ces groupes ethniques sont mis en comparaison dans un rapport implicite ou explicite ?

 

Méthodologie

L’analyse des modalités de dénomination et de comparaison dans notre corpus obéit d’une part procédés de la statistique lexicale  (Lebart, 1994) et d’autre part au protocole de l’approche thématique (Rastier, 1995). Le premier concept opératoire intervient dans la phase heuristique, laquelle consiste au balisage du corpus, au dépouillement,  en l’extraction systématique d’informations et en l’analyse quantitative sur sphinx et  hyperbase des cooccurrences. Dans cette démarche textométrique, le vocable est considéré comme une unité de lexique et le mot comme l’unité du texte. L’analyse thématique qui se veut ethnologique, descriptive, contextuelle et qualitative intervient dans la phase herméneutique lors de l’interprétation des tableaux lexicaux, des graphes représentationnels et des environnements des différents lemmatiseurs. Toute notre activité analytique consiste donc en l’élaboration d’une taxinomie et d’un inventaire des « êtres autochtones » à travers un classement qui organise et présente ces référents comme « des regroupements en constellations autour de noyaux qui en constituent le point de référence ». (Charaudeau, 1992-660).

 

Plan de l’étude

Notre analyse se développe en deux parties. Dans la première, nous observerons les manifestations textuelles de trois modes de dénomination des populations autochtones et dans la deuxième partie, nous étudierons procédés de comparaison logique et figurative de ces peuples aux êtres proches et lointains qui peuplent l’univers qui les entoure ou font partie de la cosmogonie universelle.

 

I/ LA DENOMINATION

La dénomination est un terme qui englobe les différents modes de désignation, d’appellation ou d’interpellation d’un être. On peut désigner quelqu’un par son nom, son titre, sa race, sa fonction, son ethnie ou à travers des procédés rhétoriques tels que  la périphrase, circonlocution, la mise en apposition ou des marqueurs grammaticaux à l’instant des pronoms personnels. Dans le corpus qui fait l’objet de notre analyse, les populations autochtones sont représentées nommément selon trois modalités : les dénominations génériques, les dénominations spécifiques et les dénominations énonciatives. Cette dernière  dépend de l’orientation du discours et de la nature des énonciateurs.

 

I-1. Les dénominations génériques

Pour désigner les autochtones dans notre univers du discours en tant que communautés, groupes ou populations, les énonciateurs font usage de huit dénominateurs : autochtones, amérindiens, premiers peuples, premières nations, indiens, indigènes, aborigènes et sauvages. La répartition de tous ces variables permet d’observer la dissémination d’informations entre les différents axes.

 

Figure 1 : AFC dénominations_ génériques

Cette représentation graphique de l’Analyse Factorielle de Correspondance présente en détail les différents variables associées aux huit dénominations génériques. On constate à la lecture du graphique que trois appellations s’éloignent de l’axe principal : il s’agit de « sauvagine », « indianité » et « indigenous ». Une analyse sur sphinx des cooccurrences de ces huit lemmes fondamentaux nous donne le tableau d’effectifs suivants :

 

Tableau 1 : Dénomitateurs_Génériques

Il ressort de ce tableau que les dénominateurs sont disproportionnellement employés dans le corpus. La préférence est accordée à Autochtone (49%), suivi de Premières Nations (27%), Indiens  (08%), Premiers Peuples (08%), Amérindiens (05%), Aborigènes (01%), Indigènes (01%) et Sauvages (01%). Le graphique qui suit visualise la représentation en barres de ces différentes données :

 

Graphique 1 : Dénomitateurs_Génériques

Mais quel est le contexte d’énonciation de ces différents dénominateurs ? Quelles sont leurs valeurs suggestives ? Nous allons analyser leur environnement thématique afin de déterminer les procédés qui sous-tendent leurs emplois dans l’univers du discours.

I-1.1. Les autochtones

C’est la dénomination la plus utilisée pour nommer, identifier ou représenter les populations de souche du Canada ou les premiers habitants du continent américain. Dans le corpus, cette dénomination est corrélée à cinq lemmes fondamentaux : les droits, les peuples, communautés, populations, affaires. Le graphe représentationnel suivant illustre bien l’environnement thématique de ce lemme principal :

 

Figure 2 : Environnement_ Autochtones

Au centre de la dénomination « Autochtone », se développe un concept philosophique qu’on appellerait « Autochtonie », concept se définit comme « une manière d’être, de faire, de vivre et d’appréhender le monde par les communautés autochtones ». L’autochtonie implique une reconnaissance des droits territoriaux ou fonciers dévolus naturellement à des peuples primitifs, car «la terre appartient aux premiers occupants».

 

I-1.2. Les indigènes

La dénomination  « indigène » est mise en abyme dans le corpus dans un contexte énonciatif où il est question de dévaloriser ou de jeter le discrédit sur les populations autochtones qui ne possèdent aucun savoir-faire  ou aucune compétence à faire valoir dans la société moderne. Dans le verbatim qui suit, l’énonciateur fait de l’indigénisme (en tant que défaillance de qualifications) un argument pragmatique qui justifie l’immigration massive des asiatiques au Canada :

Les populations INDIGÈNES ayant de graves retards en matière d’instruction et de compétences techniques, l’effet final (bien que probablement involontaire), a été le suivant : des millions d’immigrants chinois qui, eux, avaient les compétences recherchées, ont été attirés par cette prospérité, sont venus accaparer les nouveaux emplois de bonnes conditions

_______________________t2008 Page 22 c_______________________________

 

I-1.3. Les Premières Nations

Cette dénomination accorde une certaine souveraineté et un ordre de préséance aux populations de souche qui s’en prévalent et qui devraient en jouir. Elles sont donc considérées comme des pierres d’angle de la fondation sur laquelle les autres nations canadiennes sont arrimées.

Néanmoins, les PREMIÈRES NATIONS demeurent présentes et incontournables dans la construction du Québec d’aujourd’hui et de demain, et ce, en dépit des mesures inéquitables prônées par des politiques provinciales et fédérales au cours des quatre siècles derniers.

_______________________t2008 Page 28 a_______________________________

I-1.4. Les Premiers Peuples

À l’instar de Premières Nations, Premiers Peuples est une dénomination qui traduit une primitivité ontologique. Loin d’être un avantage, cette incarnation suscite plutôt du racisme et des préjugés.

Raciste, caricature dégradante…  ce qui dérange dans votre message, c’est le renforcement des préjugés à l’égard des PREMIERS PEUPLES : Ces indigènes primitifs incarnés en « guerriers Eseka » aux allures de « nonos », prêts à tuer pour protéger la « pureté » de l’eau depuis 8000 ans…

_______________________t20011 Page 1618 d_______________________________

I-1.5. Les Amérindiens

Cette catégorie générique ne désigne pas seulement les autochtones du Canada, mais globalement les premiers habitants du continent américain. Partout où ils se trouvent, leur quotidien est fait de protestations, de revendications et de confrontations violentes avec les forces de l’ordre :

Sur un blocus routier, d’AMERINDIENS protestant contre la surexploitation de l’Amazonie, une intervention de police avait dérapé en affrontements, faisant 34 morts dont 24 policiers…

_______________________t2009 Page 507c_______________________________

I-1.6. Les Indiens

On parle d’eux dans les médias pour dénoncer les traitements humiliants qu’ils ont subis dans les pensionnats et les mesures assimilationnistes, discriminatoires et ethnocides dont ils ont été des victimes expiatoires.

Les pensionnaires de ce système rigide – instauré par la Loi sur les INDIENS, n’avaient pas le droit de s’exprimer dans leur langue maternelle

_______________________t2008 Page 114b_______________________________

I-1.7. Les Aborigènes

Ce sont des peuples primaires assujettis aux mêmes normes rétrogrades et humiliantes que les autochtones. Leur évocation dans le corpus met en exergue leurs conditions de vie précaire, leur marginalisation sociale et leur combat pour la défense de leurs droits ancestraux et patrimoniaux.

Rappelons que les populations ABORIGÈNES réclament de pouvoir récupérer «leurs droits ancestraux sur les terres», la FAO souligne qu’elles figurent également «parmi les peuples les plus marginalisés et présentent des niveaux de vulnérabilité et de pauvreté plus élevés que d’autres groupes de populations en Afrique, Asie et Amérique latine».

_______________________t2008 Page 19b_______________________________

 

I-1.8. Les Sauvages

Ce terme humiliant et dégradant est tantôt un adjectif qualificatif tantôt un substantif. Il nous renvoie au degré zéro du développement de l’humanité, c’est à dire dans un temps immémorial ou  l’homme et l’animal vivaient dans la nature. L’utilisation de ce terme au 21ème siècle pour qualifier des êtres humains est non seulement une insulte condamnable, mais aussi une subversion du langage. Même si ce lemme est utilisé dans le corpus à des proportions négligeables par rapport aux autres, il a une valeur suggestive qui exprime le dualisme d’une nation dont les composantes sociologiques fonctionnent en opposition de phase, l’infériorisation d’un groupe ethnique de souche,  le conditionnement juridique d’un peuple et son assimilation forcée. Ces quatre aspects sont illustrés dans le verbatim ci-après :

Quand on parle du Canada, du parfait Canada de la diversité, il faut bien comprendre aussi ce dualisme sacré des civilisés et des SAUVAGES évoluant à des rythmes diamétralement opposés.

_______________________t2011 Page 2081b_______________________________

La loi canadienne sur les SAUVAGES faisait des autochtones des « êtres mineurs », leur interdisant d’être propriétaires ou de boire de l’alcool sous peine d’emprisonnement et ne leur permettait d’échapper à ce statut qu’en renonçant officiellement à leur culture et leur patrimoine.

_______________________t2012 Page 2362b_______________________________

En 1978, l’Acte des SAUVAGES du Canada est devenu la Loi sur les Indiens

_______________________t2012 Page 2505b_______________________________

Les pensionnats autochtones, projet officiel du gouvernement pour assimiler les jeunes païens SAUVAGES

_______________________t2012 Page 2806a_______________________________

 

En marge de ces huit dénominations, on peut aussi retrouver dans le corpus des qualificatifs d’une seule occurrence comme « barbares », qui expriment la pétulance et la violence des peuples autochtones et des substantifs comme « espèces » qui intègrent les populations autochtones dans le paradigme des espèces biologiques (animales et végétales) en voie de disparition dans un écosystème mondialisé.  Cependant, même si tous les autochtones sont soumis aux mêmes conditions de vie et aux mêmes traitements selon la Loi sur les Indiens, leur sort varie en fonction de la tribu à laquelle ils appartiennent et des dividendes qu’ils perçoivent des industriels désirant exploiter les richesses naturelles de leurs immenses territoires. Ce qui justifie le fait que certaines ethnies spécifiques de ce « Peuple Invisible » (Desjardin, 2009) soient mis au-devant de la scène médiatique par rapport à d’autres.

 

I-2. Les dénominations spécifiques

Nous entendons par «dénominations spécifiques» les modes de nominalisation  des différentes tribus d’autochtones répertoriées dans L’Encyclopédie Canadienne. Une exploration complète du corpus a permet de dégager 14 tribus : Inuit, Mohawk, Huron, Cris, Attikamekw, Attawapiskat, Métis, Algonquin, Wemotaci, Abénaki, Micmac, Mapuche, Odjibwé, etc. Le tableau distributionnel suivant  montre comment les différents variables sont répartis dans les cinq jalons chronologiques.

 

Tableau 2 : Distribution_dénomitateurs_spécifiques

L’analyse diachronique des valeurs occurentielles dévoile une certaine gradation du flux interpellatif. Cette progression chronologique est due d’une part à la différence de volume des 5 jalons et d’autre part à l’intensification et à l’accroissement des informations au cours des années 2011 et 2012, années de grandes négociations entre le gouvernement québécois, les firmes industrielles et les chefs autochtones. Le graphique ci-après illustre proportionnellement les pôles de focalisation ethnique de l’actualité autochtone :

 

 

Graphique 2 : Distribution_comparateurs_logiques

Nous n’allons pas faire une revue de toutes ces tribus. Nous ne nous intéresserons qu’aux groupes ethniques les plus récurrents (≥200 occurrences) dans l’univers du discours, à savoir : les Inuits, les Mohawks, les Hurons, les Cris et les Attikameks. Qui sont-ils ? Où vivent-ils et pourquoi sont-ils les plus interpellés dans la presse ? L’analyse d’un échantillon du contexte pour chaque catégorie nous permettra de cerner les mobiles de leur citation ou de leur indexation.

 

I-2.1. Les Inuits 

Ce sont des autochtones de l’arctique canadien. Ils parlent une seule langue (l’inuktitut ou esquimau-aléoute). Au cours des cinq dernières années, cette tribu a été mise au devant de la scène à cause du Plan Nord du gouvernement québécois.

A nos concitoyens, Premières Nations et INUITS, je réitère aujourd’hui que rien, dans le Plan Nord, ne remettra en question ce qui a été conclu, ce qui est en négociation ou en pourparler.

_______________________t2009  Page 242b_______________________________

I-2.2. Les mohawks

Cette tribu vit à l’est, sur les rives de la rivière éponyme. Comme tous les peuples autochtones, les Mohawks déshérités, luttent pour la préservation de leurs terres arrachées ou spoliées par des exploitants industriels.

Les MOHAWKS sont préoccupés par la sécurité, leurs droits et par des questions de responsabilités fiduciaire (…) Or les MOKAWKS affirment avoir des droits sur ces terres en vertu de traités autochtones

_______________________t2009  Page 469a_______________________________

 

I-2.3. Les Hurons

Ils forment une confédération de cinq tribus localisables dans l’Ontario, le Centre et le Nord du Québec. Les membres de la tribu appellent leurs terres traditionnelles Wendake. Le problème foncier constitue le centre de gravité de leurs principales préoccupations.

Les HURONS – Wendat reprochent au gouvernement fédéral d’avoir signé une entente avec les communautés innues qui couvrent une partie importante du territoire traditionnel de la Nation huronne – wendat et ce, sans l’avoir préalablement consultée et accommodée» et d’ «avoir ignoré sa relation de traité avec la nation huronne- wendat et ne lui avoir donné aucune indication à savoir qu’il était disposé à accommoder les intérêts de la Nation sur son territoire traditionnel, avant de négocier et conclure l’entente de principe avec les Innus»

_______________________t2011 Page 1633a_______________________________

I-2.4. Les Cris

Cette tribu  occupe  un territoire qui s’étend de l’Alberta au Québec, ce qui représente la plus vaste répartition géographique autochtone du Canada. Comme les Inuits, les Cris sont des témoins passifs de la mise en place du Plan Grand Nord sur leurs territoires. D’où leur indignation

C’est inacceptable que le gouvernement se contente de venir nous présenter le Plan Nord sans nous avoir impliqué dans le processus de développement, affirme Roméo Saganash, directeur des relations avec le Québec au Grand Conseil des CRIS

_______________________t2009 Page 339d_______________________________

I-2.4. Les Attikameks

Ces populations vivent en amont de la rivière Saint-Maurice. Leur quotidien est pareil à celui de toutes les communautés autochtones. Leurs soucis constants c’est la circonscription de leurs territoires ancestraux et la préservation de leurs patrimoines :

La carte dessinée sur une peau d’orignal que les Chefs ont dévoilée hier, indique un territoire où vivent quelques cinq millions de personnes mais il empiète sur le territoire des Mohawks, des Abénakis et des ATTIKAMEKS, tout en frôlant de près celui des Ojibways, des Innus (montagnais) et des Cris.

_______________________t2010 Page 792c_______________________________

Un constat majeur émerge lorsqu’on fait une analyse thématique de l’information consacrée à ces différents groupes autochtones : tous sont empêtrés dans des conflits fonciers et des rivalités intertribales. Ces groupes tribaux sont parfois désignés dans le discours journalistique par leur lieu d’habitation : c’est le cas de « Wendat », identité spatiale et culturelle commune à tous les « Hurons ». Cependant, qu’ils soient des « Inuits » ou des « Algonquins » dont les cinéastes Richard Desjardins et Robert Monderie  dépeignent dans leur film (Le Peuple invisible, 2007, 93 min), l’interpellation ou l’évocation des autochtones dépend du statut des sujets communicants et de leur degré d’implication dans l’énonciation.

 

I-3. Les dénominations interlocutives

L’interlocution consiste à désigner des êtres à travers l’usage de marqueurs grammaticaux que Charaudeau (1992, 122) appelle les « personnes de l’interlocution». Ce sont des catégories conceptuelles qui jouent dans l’acte de la communication des fonctions de substitution. Elles permettent entre autres de distinguer la personne qui parle(le locuteur), la personne à qui l’on parle (l’interlocuteur) et la personne dont on parle (tiers). Ces trois personnes donnent lieu à trois types de discours :

 

I-3.1. Le discours élocutif : Quand le sujet communicant est un représentant d’une communauté autochtone (énonciateur pluriel). Ce mode d’énonciation se traduit par l’usage dans le discours les marques grammaticales suivantes : nous, notre, nôtre, nos ...

NOUS, Chefs des premières Nations du Québec, NOUS souhaitons nous adresser aujourd’hui à la population du Québec au sujet des problèmes que nous ayons eu à subir depuis le triste épisode des «pensionnats indiens».

_______________________t2008  Page 3a_______________________________

 

I-3.2. Le discours allocutif : Quand d’autres sujets communicants s’adressent aux autochtones en tant qu’interlocuteurs ou destinataires. Les marques formelles de cette énonciation sont des grammèmes suivants : vous, votre, le vôtre, vos..

Les Métis, particulièrement actifs depuis un an devant les tribunaux, seront les premiers à faire sentir leur présence qui, encore là, VOUS pouvez en être sûrs, comportera une grande part de mécontentement, voire de colère à en juger par leur ardeur à protéger ce qu’ils affirment être, pour eux aussi, des «droits territoriaux».

_______________________t2009 Page 301a_______________________________

 

I-3.3. Discours délocutif : Lorsque les autochtones sont impliqués ou évoqués dans l’acte du langage en tant que des tiers. Les morphèmes qui régissent cette modalité énonciative sont : ils, elles, eux, leurs, leurs, ceux-ci, ceux-là, etc.

Les populations autochtones font face à une discrimination profonde, à une marginalisation historique ainsi qu’à des politiques abusives qui sont le triste résultat d’une violation systématique de LEURS droits fondamentaux

_______________________t2008 Page 26b_______________________________

 

Le tableau des cooccurrences élaboré sur sphinx nous donne une vue globale de la performance statistique de ces trois modalités énonciatives.

 

Tableau 3 : Distribution_modalités_énonciatives

L’observation de ce tableau nous amène à dégager deux constats : la gradation des valeurs sur l’axe du temps et l’archidomination de la modalité délocutive sur l’axe des variables. Le graphique suivant  présente une vue synchronique de ces deux paramètres :

 

Graphique 3: modalités_énonciatives

On en déduit logiquement en référence aux données textuelles que le discours sur les autochtones dans la presse canadienne d’expression française est un discours à dominance délocutive.

Cependant, certaines dénominations « autochtones », quand bien même elles sont classables dans des paradigmes génériques, spécifiques ou énonciatifs, n’ont de valeur suggestive qu’en comparaison avec d’autres dénominations implicites ou explicites appartenant à d’autres univers culturels. L’étude des procédés de comparaison contribue à mieux appréhender les mécanismes d’analogie ou de transposition qui les sous-tendent.

 

II - LA COMPARAISON

La comparaison est le terme d’un processus qui consiste à confronter les qualités, les quantités ou des comportements d’au moins deux êtres, entre eux, et à conclure sur les ressemblances ou dissemblances de ces qualités, quantités et comportements. En rhétorique, la comparaison est une figure de discours qui  instaure entre des êtres un rapport de similitude implicite ou explicite. Cette similitude peut se présenter  sous forme d’une analogie, d’une allusion,  d’une transposition, d’une métaphore ou d’une équation binaire (x / y). Dans la grammaire du sens et de l’expression, Charaudeau (1991) en distingue 4 modalités : la graduée, la globale, la proportionnelle et l’évaluative.

Dans notre approche logico-mathématique, la comparaison est le résultat  d’un raisonnement. Elle se caractérise sur le plan structural par sa binarité. En d’autres termes,  elle suppose forcément l’existence de deux éléments dont l’un est le comparant et l’autre le comparé.  Par hypothèse nous allons considérer l’Autochtone comme le comparé et notre étude consistera à retrouver dans le corpus les pôles de référence à travers une analyse lexicométrique et contextuelle des marqueurs grammaticaux de correspondances.

 

II-1. Les comparateurs et les rapports de correspondance logique

Pour étudier systématiquement les processus logiques de comparaison, nous avons élaboré une taxinomie qui permet de spécifier  divers rapports entre le comparant et le comparé.

1/ L’égalité (X = Y) : rapport d’équivalence ou d’analogie entre le comparant (X) et le comparé (Y).

2/L’infériorité (X  < Y) : intensité basse dans le rapport hiérarchique entre le comparant (X) et le comparé (Y).

3/Supériorité (X > Y) : intensité haute dans le rapport hiérarchique entre le comparant (X) et le comparé (Y).

4/ La différence (X≠Y) rapport d’opposition ou de contraste entre le comparant (X) et le comparé (Y).

5/ l’implication (X→ Y) : rapport causal entre le comparant (X) et le comparé (Y).

6/ L’intersection (X  ∩ Y) : rapport d’intermédiarité entre le comparant (X) et le comparé (Y).

7/ Le rapprochement (X ~ Y ) : rapport d’approximation ou de transposition entre le comparant (X)  et le comparé (Y).

8/ Le partenariat (X U Y) : rapport de conciliation entre le comparant (X) et le comparé (Y).

9/ Le parallélisme (X II Y): rapport d’alternance entre le comparé (X) et le comparant (Y)

10/ Le regroupement (X/Y): rapport de singularisation ou de globalisation entre le comparant (X) et le comparé (Y)

 

Le tableau suivant visualise les 10 typologies de correspondances ainsi que les comparateurs qui les régissent :

 

Formule

Rapport

Comparateurs

X = y

Égalité

Aussi, pareil, tel, comme, semblable à, comparable à, conformément à, autant, de même que, autant que, manière, façon, semblable, identique, égal, également, a l’instar de…

X  < Y

Infériorité

Moins que, inférieur à, réduire, en dessous de/au dessous de, plus bas, ralentissement, diminution, dégradation, moins élevé, pire que,  bas, en chute, baisse, en régression, faible

X > Y

Supériorité

Supérieur à, plus que, au dessus de, au-delà de, plus haut, plus  élevé, recrudescence, meilleur que, croissance, accélération, augmentation, amélioration, accroissement, fort

X≠Y

Différence

Contre, confrontation, division, rupture, contraire à, contrairement à, contradictoire à, paradoxalement, en opposition, opposé, conflictuel, conflit, en rivalité avec, différent, distinct, non plus

X    Y

Implication

Cause, conséquence, Donc, entraîne, conduit à, a pour conséquence, serait la cause de,  à l’origine de, entrainer, provoquer, produire, déclencher, se transformer en,  devenir, paraître, entraîne,

X  ∩ Y

Intersection

Intervalle, jonction, entre, l’un et/ l’autre,  ni l’un ni l’autre, non plus, soit, parmi

 

X ~ Y

Rapprochement

Tendre vers, considérer, menant vers, orienté vers, Relatif, Presque, paraître, proche de, sensiblement, environ

 

X U Y

Partenariat

Rencontre avec, conciliation avec, réconciliation avec, négociation, collaboration, dialogue, partenariat, entente,

X II Y

Parallélisme

parallèlement à, ou, par rapport à,  adapté à, reproduire, plutôt, ailleurs, de sorte que, certains, ceux-ci, quant à, alternance, transposition

X /Y

Regroupement

Général, particulier, générique, spécifique, Chaque, chacun, seuls les, seulement les… tous les, ensemble

 

La mise en contribution de sphinx permet de dégager systématiquement  la distribution de toutes ces valeurs dans un tableau d’effectifs.

 

Tableau 4 : Distribution_comparateurs_logiques

Comme dans les précédents tableaux, la gradation est remarquable sur l’axe des ordonnées (axe chronologique). Par contre, sur l’axe des valeurs (axe des abscisses), ce sont des morphèmes exprimant une égalité qui prédominent relativement comme l’illustre en image le graphique conséquent :

 

Graphique 4 : Comparateurs_Logiques

Ces dix modalités de correspondance ou de comparaison se déploient dans le corpus dans des contextes d’énonciation différents. En guise d’illustration de leurs manifestations, nous analyserons un comparateur de chaque catégorie dans son environnement discursif.

 

II-1.1. L’égalité

Le premier ministre les accuse de dépendre les autochtones COMME des «alcooliques» et les «toxicomanes».

_______________________t2011  Page 1840 a_______________________________

Dans cette séquence, les autochtones sont comparés aux alcooliques et aux toxicomanes. Le but de cette image est de mettre à nue à tort ou à raison selon le contexte discursif l’irresponsabilité et la dépendance de ce groupe d’individus. Ce stéréotype a pour effet de dépeindre le personnage autochtone comme un cas social.

II-1.2/3. L’infériorité/supériorité

Ce quartier, habité par 30% d’autochtones et plus de 20% d’immigrants d’origine chinoise, est LE PLUS pauvre au Canada avec 80% de ménages dont les revenus se situent EN DESSOUS du seuil de pauvreté.

_______________________t2008  Page 45c_______________________________

Ici dans cette illustration, c’est le degré de pauvreté des autochtones qui est mis en exergue. Il se traduit par l’usage d’un superlatif (le plus pauvre) ou d’un baromètre (en dessous du seuil). Le comparant ici (référence) c’est le niveau de vie moyen au Canada et le comparé c’est la communauté autochtone.

II-1.4. La Différence

Selon lui, la DIFFÉRENCE est encore énorme entre le financement accordé aux écoles sur les réserves et celles à l’extérieur

_______________________t2012  Page 2435 c_______________________________

La différence est un indicateur discriminatoire qui traduit une inéquitabilité ou une inégalité du traitement. Dans la portion de texte que nous avons choisie, le comparant c’est le financement accordé aux écoles canadiennes et le comparé c’est le financement alloué aux écoles des réserves autochtones. La différence marque un décalage ou un écart entre les privilèges ou les priorités accordées aux deux communautés en matière de scolarisation.

II-1.5. L’implication

Car là où se trouve le principal établissement d’hébergement pour Inuits, à l’ouest de Notre-Dame-de-Grâce, certains patients ont été ENTRAÎNÉS dans la drogue et la criminalité À CAUSE des gangs de rue.

_______________________t2010  Page 851a_______________________________

Ce mode de comparaison fonctionne selon le principe de cause  en amont et de conséquence en aval. Selon la logique de cette assertion, les Inuits seraient devenus des criminels et toxicomanes (conséquence) à cause des gangs de rue (causalité).

II-1.6 L’intersection/disjonction

Nous ne sommes NI québécois NI canadiens, pourquoi voterions-nous ?

_______________________t2010  Page 851a_______________________________

Cette intersection qui est un ensemble vide est une double disjonction qui exprime une double exclusion. En effet, les autochtones seraient dans le vaste  territoire canadien des nations entièrement à part.

II-1.7. Le Rapprochement

«Ce n’est pas un hasard si la tuberculose frappe davantage les communautés du Grand Nord : certains autochtones vivent dans des conditions similaires PROCHES DE celles du tiers monde» ,  déplore Camil Bouchard, ex-député du Parti Québécois

_______________________t2012  Page 2478a_______________________________

A l’époque, cette proposition d’entente avait soulevé le mécontentement dans plusieurs villages situés PRÈS DE trois communautés autochtones.

_______________________t2009  Page 285 d_______________________________

Ce mode de comparaison exprime la proximité entre le comparant (plusieurs villages) et le comparé (trois communautés autochtones). Dans la citation connexe, le comparé est le Grand Nord et le comparant est le tiers monde.

II-1.8. Le Partenariat

Les chefs Attikamekws étaient toujours à la table de NÉGOCIATION avec Québec, hier soir vers 22h30. La question des redevances sur l’exploitation de la forêt était au cœur des discussions.

_______________________t2012  Page 2385 c_______________________________

Dans le partenariat, la comparaison ne fonctionne pas selon le principe du vis-à-vis, mais celui de l’entente entre deux parties distinctes qui associent leurs différences dans le but de trouver un compromis. Nous avons d’un côté les chefs autochtones et de l’autre le gouvernement du Québec. Ce qui est comparé ici c’est les arguments ou les propositions des uns et des autres sur la question des redevances sur l’exploitation de la forêt.

II-1.9. Le Parallélisme

Le dernier discours du trône en Saskatchewan a consacré 2010 **année des Métis**, en lien avec la grande commémoration qui se mettra en branle cet été qui nous fera revivre la rébellion ultime de ce peuple fondateur, PARRALLÈLEMENT au conflit qui mettait aux prises AU MÊME MOMENT les Indiens Cris et les Habits rouges.

_______________________t2010  Page 795 c_______________________________

Ce modèle de comparaison exprime la concomitance. Deux actions ou deux évènements relatifs aux communautés autochtones se déroulent au même moment : la commémoration de l’année des Métis et le conflit entre les Indiens Cris et les Habits rouges. Ici, il n ya ni comparant, ni comparé, mais juste une simultanéité.

II-1.10. Le regroupement

Selon un récent rapport de l’ancienne vérificatrice Sheila Fraser, l’écart relatif en matière de scolarité entre Premières Nations vivant dans les réserves et la population EN GÉNÉRAL, s’est creusé au cours des dernières années.

_______________________t2011  Page 1948 c_______________________________

Cette modalité exprime l’intermédiarité entre l’absolu et le relatif dans une échelle de comparaison. Dans le verbatim, l’écart en matière de scolarité entre le comparant (populations canadiennes) et le comparé (Premières Nations) n’est pas évaluée en termes spécifiques, mais plutôt dans la globalité. Le regroupement est donc une comparaison globale dans ce cas spécial ou singulière dans d’autres situations potentielles.

On retient de ce qui précède que les comparateurs logiques introduisent des situations binaires mettant aux prises deux agents : le comparant et le comparé. Les régulateurs de ces comparaisons sont des morphèmes grammaticaux ou des mots-outils portant dans leur sémantèse le sens de l’analogie ou de la transposition. Cependant, toutes les comparaisons ne sont pas des faits logiques régulés par des grammèmes. D’autres se présentent sous formes d’images. Nous les appellerons des comparaisons figuratives.

 

II-2. Les comparaisons figuratives

Les dénominations figuratives sont des référents imagés que les sujets communicants utilisent par transposition ou par contextualisation pour représenter les populations autochtones. Ces images établissent une analogie entre les communautés autochtones du Canada  et d’autres peuples de conditions similaires. Dans le corpus, il est difficile d’en faire une évaluation quantitative, compte tenu de leurs manifestations discursives informelles. Cependant, l’exploration du contenu discursif permet de distinguer 6 grands schèmes d’équivalences :

II-2.1. Grand Nord Québécois / Amazonie

L’Aidesep estime que l’Etat veut avoir les mains libres pour continuer d’octroyer des concessions minières et pétrolières en AMAZONIE, et veut faire dire explicitement à la Loi que les Indiens n’ont, au final, pas droit de veto sur un projet d’investissement.

_______________________t2009 Page 301a_______________________________

Dans cet extrait, le Grand Nord québécois est comparé à l’Amazonie. Les populations autochtones qui habitent ces deux territoires (les Indiens) sont soumises aux mêmes lois discriminatoires et à l’exploitation abusive de leur patrimoine foncier par des compagnies minières accréditées par des gouvernements fédéraux du Pérou et du Canada.

II-2.2. Grand Nord Québécois / Tiers Monde

Ce n’est pas un hasard si la tuberculose frappe davantage les communautés du GRAND NORD : «certains autochtones vivent dans des conditions similaires PROCHES DE celles du TIERS MONDE» ,  déplore Camil Bouchard, ex-député du Parti Québécois

_______________________t2012  Page 2478a_______________________________

Le Canada est l’un des pays les plus riches et les plus industrialisés du monde. Cependant, une fraction de sa population (et plus précisément les communautés autochtones) vit dans la misère, la promiscuité et l’insalubrité, conditions qui sont propres aux pays pauvres ou du tiers monde.

 

 

 

II-2.3. Réserves autochtones/ camps de réfugiés somaliens

Les conditions de vie sur cette RESERVE sont plutôt caractéristiques des CAMPS DE RÉFUGIÉS de la Somalie africaine, sinon d’un de ces villages récemment pulvérisés par l’aviation en Libye.

_______________________t2011 Page 2077c_______________________________

La structure des réserves et les conditions de vie précaires de leurs habitants (les autochtones) laissent croire aux observateurs des similitudes avec des camps de réfugiés en Afrique.  Comme pour signifier que les autochtones du Canada sont des réfugiés dans leur propre pays.

II-2.4. Autochtones du Canada/ Aborigènes d’Australie

La mise sous tutelle forcée des communautés aborigènes en AUSTRALIE en 2007 est un exemple probant de cette attitude autoritaire qui inspire sans doute les conservateurs CANADIENS (à noter que HARPER a déjà lu un discours littéralement copié sur HOWARD, le premier ministre australien de l’époque)

_______________________t2012 Page 2910c_______________________________

Les mauvais  traitements accordés aux aborigènes d’Australie par leur Premier Ministre sont semblables à ceux que le gouvernement de Harper fait subir Premières Nations du Canada. D’après l’énonciateur, les discours politiques sur les Autochtones au Canada et en Australie sont des copies conformes.

II.2.5 Loi sur les Indiens /Politique d’Apartheid en Afrique du Sud

La LOI SUR LES INDIENS a instauré un système administratif et symbolique qui, rappelle-t-on, dans ce film Club Native, aurait même inspiré le régime d’APARTHEID Sud-africain.

_______________________t2010 Page 703c_______________________________

Cette séquence démontre qu’il existe une adéquation entre la politique d’Apartheid en Afrique du Sud et la loi sur les Indiens au Canada. Ces deux textes de loi sont fondés sur la discrimination et la ségrégation raciales.

II.2.6. Autochtones du Canada/Tibétains en Chine

Quant au TIBET, son urbanisation a été rapide, mais la majeure partie de la population autochtone habite dans des ghettos qui sont a peine plus vivables que des bidonvilles, sans aucun espoir d’obtenir un emploi décent, car ceux-ci sont monopolisés par des immigrés chinois.

_______________________t2008 Page 15a_______________________________

La condition des autochtones du Canada est semblable aussi à celle des Tibétains en Chine. Ce sont des populations qui vivent dans des conditions misérables et précaires, même si au Tibet l’urbanisation est exponentielle par rapport aux réserves autochtones.

 

CONCLUSION

Nous avons voulu à travers cet article élucider les mécanismes de dénomination et de comparaison qui sous-tendent le discours journalistique sur les populations autochtones dans la cyberpresse canadienne. Il ressort de nos analyses que pour nommer et même qualifier les autochtones, les énonciateurs utilisent trois modes de dénominations : La générique s’intéresse aux macro-ensembles autochtones. La spécifique circonscrit des ensembles ethniques ou tribaux. L’énonciatif identifie les sujets parlants et détermine l’orientation du discours dans un triple aspect élocutif, allocutif ou délocutif.

Quant à la comparaison, elle se déploie dans le corpus sous deux modalités : la comparaison logique et la comparaison figurative. La première est régie par des morphèmes grammaticaux que nous avons appelé des comparateurs. La seconde obéit aux procédés de transposition.

Mais notre analyse n’avait pas pour seule vocation l’étude quantitative et qualitative  des manifestations  de la dénomination et de la comparaison dans un corpus de presse dans le but de constituer une base de données thématiques. Au delà des mots, c’est l’identité, les préoccupations et les conditions de vie des «Autochtones» dont il est question, car derrière chaque dénomination, se cache un peuple, une histoire, une souffrance et un combat, bref un ensemble de représentations que le cinéaste (Desjardins, 2007) a condensées en images troublantes dans son documentaire. Le discours de presse sur les autochtones est donc un podium qui sert à verbaliser les blessures, les frustrations et les stéréotypes d’une communauté,  «riche d’une histoire de près de 6000 ans» et qui, dépossédée de ses terres et confinée misérablement dans des réserves, tiers-mondisée, discriminée, stigmatisée et marginalisée au quotidien, résiste à toute les formes d’assimilation forcée.

 

BIBLIOGRAHIE

 

BENZÉCRI (J.-P.), Pratique de l’analyse des données, Paris, Dunod, 1981.

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CHABOT( J), KASPARIAN (S), DESJARDINS (P), Les mots pour le dire. Analyse d’un corpus de presse canadienne française sur le génocide arménien (1915-1920), JADT, 2008.

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DESJARDIN (R), Le peuple invisible, ONF, 2007.

FONTANIER (P.), Les figures du discours, Paris, Flammarion, 1977.

HABERT (B.), Les linguistiques de corpus, Paris, Armand Colin, 1997.

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LEBART (A.), Statistique textuelle, Paris, Dunod, 1994

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MULLER (Ch.), Initiation aux méthodes de statistique linguistique, Paris, Hachette, 1973.

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RASTIER (F) L'Analysethématique des données textuelles, Paris : Didier. 1995.

SERVIER, (J), Méthode de l’ethnologie, Paris, PUF, Coll. Que sais-je ? , 1986

 

 

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Dr. Martin MOMHA : LA CONSTRUCTION DISCURSIVE DES CYBER-ARNAQUEURS : ANALYSE RHÉTORIQUE DES PROCÉDÉS DE PERSUASION

CORPUS_ARNAQUEURS

Dr. Martin MOMHA : LA CONSTRUCTION DISCURSIVE DES CYBER-ARNAQUEURS :

ANALYSE RHÉTORIQUE DES PROCÉDÉS DE PERSUASION

 

Dr. Martin Momha

Chercheur en sciences du langage et de la communication

 

Introduction

Le boum des technologies de l’information et de la communication a fait naître sur le web une nouvelle forme de délinquance appelée cyber-arnaque. 90% d’internautes détenteurs d’un compte de messagerie électronique ou interagissant sur des réseaux sociaux ont déjà reçu au moins une fois un message indésirable dans lequel un généreux donateur providentiel propose de leur léguer gratuitement sa fortune colossale. Bien qu’il n’existe pas encore des statistiques internationales actualisées sur la cyber-arnaque, on estime à des centaines de milliers des personnes victimes de ce fléau en recrudescence.  Dans certains états, des gendarmes et des policiers ont été spécialement formés en NTIC pour lutter contre ces nouvelles formes de criminalité. Cependant, malgré de multiples appels à la vigilance sur des médias classiques et des réseaux sociaux, de nombreux internautes, naïvement, continuent de se laisser prendre au piège des escrocs du net. Qui sont les cyber-arnaqueurs ? Où vivent-ils ? Comment ces prédateurs choisissent-ils leurs proies ? Sont-ils des individus isolés ou des groupes organisés ? Comment formulent-ils leurs messages ? Le but de cet article est de dégager les traits caractéristiques de la personnalité énonciative des cyber-arnaqueurs, de décrire leurs modes de communication et d’analyser leurs stratégies de persuasion. Notre approche du corpus constitué se réalise sur un double plan stylistique et logométrique.

Qui sont les cyber-arnaqueurs et comment opèrent-ils ?

La cyber-arnaque est un phénomène contemporain. Depuis presqu’une décennie, de nombreuses investigations policières sont menées en collaboration avec des médias et des sociologues pour tenter de le cerner, de décrire ses manifestations, d’identifier ses auteurs et d’évaluer ses ravages. Dans son émission d’enquêtes France 2 à travers « Envoyé Spécial »  a fait un reportage en Côte-d’Ivoire sur les modes opératoires des cyber-arnaqueurs. Ce sont des individus qui agissent dans un réseau dense aux multiples ramifications internationales mais dont l’épicentre est en Afrique de l’Ouest.

Dans son journal du… la télévision canadienne a dévoilé les visages de quelques escrocs du net arrêtés en fragrant délit de délinquance. Ces êtres virtuels ont des profils humains en déphasage avec l’image de soi qu’ils présentent et incarnent dans leurs messages. Ce sont de jeunes adultes issus des quartiers populaires, désœuvrés, dotés d’une grande intelligence et d’une grande maitrise des techniques de communication. Certains sont titulaires des diplômes universitaires, mais sans travail, ou sous-payés, ils se sont reconvertis dans « tchatche stratégique » sur internet. Ces gentlemen qui se font appelés « brouteurs »  ont fait de la cyber-arnaque leur métier.  Ils maitrisent l’univers numérique et le monde cybernétique. Dragueurs professionnels, ils savent appâter leurs victimes. Leurs activités leurs rapportent en moyenne 50'000 euros par mois. Ils se font souvent traquer par la police, mais, faute de plainte, aussitôt arrêtés et aussitôt relâchés, ces délinquants continuent librement leurs besognes.

Les cyber-arnaqueurs opèrent dans tous les domaines ou l’être humain peut exprimer un besoin ou un désir. Leurs offres alléchantes portent sur l’immobilier (annonce de logement), l’éducation (bourse d’études), le travail (recrutement dans firmes internationales), l’immigration (green-carte américaine), l’emprunt bancaire (prêts à faible taux d’intérêt), les jeux de hasard (gain de loterie), les sentiments (promesse d’amour ou de mariage), la donation (legs, héritage), etc. Quel que soit le secteur, toutes leurs opérations de charme se passent par le langage et dans la communication.

Les services de police ont catalogué les « brouteurs » dans le registre des associations de malfaiteurs ou des organisations dites  « criminelles ». En effet, l’argent issu de la cyber-escroquerie fait tourner une économie souterraine au même titre que la vente des stupéfiants et la prostitution. Il confère à ses auteurs malhonnêtement de la puissance, de l’audace, de la visibilité et un certain standing social. Les cyber-arnaqueurs forment un groupe social hétérogène, certes, mais soudé par un même idéal, assujettis aux mêmes protocoles de fonctionnement. Ils arborent une identité commune, utilisent un même langage et développent les mêmes tactiques de manipulation. Ces constances permettent dans une approche isotopique de dresser leur portrait archétypal et d’intégrer leurs messages dans le paradigme des formations discursives institutionnalisées, c’est-à-dire « un regroupement d’énoncés dispersés entretenant entre eux une relation essentielle de filiation et définissant une identité énonciative circonscriptive ».

 

Portrait archétypal des cyber-arnaqueurs

Les cyber-arnaqueurs sont des producteurs et des modalisateurs des discours d’arnaque sur le web. Comme au théâtre, ces êtres virtuels qui parlent à la première personne du singulier, arborent des profils  identitaires qui rendent vraisemblables leurs personnalités. Leur ethos discursif fluctue en fonction des domaines de spécialisations. Ils peuvent être des hommes ou des femmes, filles ou garçons, des retraités ou des cadres en activité, des agents ou des patients. Dans le corpus que nous avons constitué, six éléments constants permettent de dresser leur portait archétypal et prototypique : l’identité nominale, la nationalité d’origine, le sexe, la situation familiale, l’état de santé, la fortune, les valeurs incarnées. Le tableau ci-après visualise de façon panoramique le profil de ces auteurs :

L’identité des sujets énonçants dans des discours d’arnaques est modulée en fonction de la communauté d’appartenance des personnes auxquelles ils s’adressent.  Dans les messages électroniques qu’ils envoient aux destinataires francophones, les cyber-arnaqueurs s’affublent de noms à consonances françaises ou québécoises. Ces masques patronymiques et onomastiques sont des techniques de camouflage dont le but est de détourner l’attention des destinataires sur leur supercherie et d’ôter tout soupçon sur leurs origines réelles.

En ce qui concerne le genre de ces sujets dans le domaine du « don gratuit » qui nous intéresse, on se rend compte en parcourant les dix messages du corpus que tous les cyber-arnaqueurs incarnent discursivement une identité féminine.  L’âge ou la date de naissance de ces êtres virtuels est parfois énoncé, parfois éludé. La féminisation des personnages dans le discours d’arnaque est une tactique de persuasion fondée sur  une intuition de crédibilité. Il parait qu’en matière de sincérité, on croit plus aux paroles des femmes qu’à celles des hommes. Ainsi, un message envoyé par une femme a plus de chance d’émouvoir, de séduire ou de convaincre qu’un message envoyé par un homme.

S’agissant de la nationalité ou du pays d’appartenance, certains « brouteurs » n’hésitent pas dans leur exorde à déclarer leur citoyenneté. Les nations dont ils énoncent prétendument être des ressortissants sont le plus souvent des pays francophones industrialisés. Dans les dix messages de notre corpus, les destinateurs sont originaires de la France, de la Belgique, de la Suisse, du Canada. Ces pays sont choisis par pure stratégie de persuasion : ils représentent pour la l’imaginaire des communautés francophones des références en matière d’intégrité morale, de justice sociale et de niveau de vie.

Enfin, en ce qui concerne leur situation familiale, les cyber-arnaqueurs tels qu’ils se présentent dans leurs messages sont des personnes solitaires, désocialisées, veuves, orphelines, sans progénitures, sans amis, sans familles et sans héritiers. Ils sont soit victimes d’un système politique répressif, soit des patients atteints de maladies incurables en phase terminale. Ils croient en Dieu et disposent de biens et des fortunes dont la moyenne est de 500.000 euros. Ils sont charitables, généreux et prêts à léguer leurs fortunes aux particuliers qu’ils choisissent  au sort pour des projets humanitaires ou l’accomplissement des œuvres caritatives en faveurs des enfants et des familles démunies.

 

 

Constitution et prétraitement du corpus

 

Le corpus qui sert de base à nos analyses se compose de 10 courriers indésirables que nous avons reçus et stockés dans notre boite de messageries électroniques. Ces pourriels ou ces spams nous ont été envoyés entre le 08 juin 2009 et le 25 mai 2014 par des destinateurs ne faisant pas partie du répertoire de nos correspondants. Pour faciliter la référence aux textes,  nous avons attribué à chacun d’eux un titre correspondant au nom de son auteur et nous les avons classés par ordre alphabétique. Lors de la citation, les noms des auteurs seront remplacés par des initiales. Par exemple le message  de Sylvie Robert sera simplifié par « SR ».

 

Article en en finalisation....

 

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Dr. Martin MOMHA - LES REPRÉSENTATIONS MÉDIATIQUES DES ETRANGERS DANS LA PRESSE SUISSE ROMANDE

LES_REPRESENTATIONS_MEDIATIQUES_DES_ETRANGERS_DANS_LES_MEDIAS_ROMANDS

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LES REPRÉSENTATIONS MÉDIATIQUES DES CLANDESTINS, DES FRONTALIERS, DES RÉFUGIÉS ET DES ROMS DANS LA PRESSE SUISSE ROMANDE DE 2001 À 2015.

 

 

Dr. Martin MOMHA, 

Chercheur en sciences en sciences humaines

Et en philologie numérique

 

 

RÉSUMÉ

Ce projet est une archéologie documentaire dont le but est de décrire les formes de représentation et les modes d’incarnation identitaire de quatre communautés de migrants en Suisse : les frontaliers/européens, les requérants d'asile/refugiés, les clandestins/sans papiers et les roms/gitans. La période d’étude concernée s’étend de 2001 à 2014. Le corpus à analyser est évalué à 72000 articles de journaux en version numérique paraissant dans la Suisse francophone. L’exploration, le dépouillement et l’extraction d’informations se réalisent systématiquement avec le concours de trois logiciels d’analyse des données textuelles : hyperbase, sphinx, iramutech.  L’approche est quantitative et qualitative ; elle s’appuie sur des pratiques d’analyse des dynamiques discursives en sciences humaines et sociales. L’objectif scientifique de cette entreprise est la construction archétypale des identités communautaires de migrants à travers un traitement ethnologique et logométrique des formations discursives médiatisées.

 

MOTS-CLÉS

Migrants – migrations – populations – étrangers - frontaliers – réfugiés – asile – clandestins – sans-papiers – roms – gitans – médias - presse – suisse, romandie  – représentations – identité – communauté – groupes – ethnies.

 

DISCIPLINES

Archéologie documentaire - philologie numérique - Analyse informatisée des discours médiatisés  

 

1. CONTEXTE

Le projet que nous proposons est l’approfondissement de deux études que nous avons coordonnées dans le cadre des activités du Bureau d’Analyse du Discours sur les Etrangers en Suisse (BADES : 2009, 2012).  La première étude nous a permis d’élaborer une taxinomie des migrants en Suisse selon leurs origines ethno-régionales et d’analyser en termes d’occurrences et de fréquences leur popularité dans la presse suisse romande (Momha, BADES, 2009). En observant la cartographie des cultures et des civilisations du monde contemporain, nous avons pu cataloguer les migrants qui vivent sur le territoire helvétique en neufs groupes[1] : Frontaliers, Soviets, Blacks, Arabes, Asiatique, Latino, Austral, América, Confédérés.. En référence aux dispositions de la loi sur l’asile et sur le séjour des étrangers en Suisse, ces neufs groupes se classent en deux paliers : les « étrangers expulsables » et les « étrangers non expulsables ». Nos analyses ont révélé que la concentration de l’information sur des groupes d’étrangers dans la confédération helvétique dépendait de la conjoncture nationale (récession économique, votations populaires, mouvements sociaux, etc.) et des fluctuations de l’actualité internationale (génocides, guerres civiles, catastrophes naturelles, etc.) relative aux pays d’origine des migrants, avec un pic sur trois communautés ethniques : les Blacks, les Arabes et les originaires des Balkans. Dans la deuxième étude, il était question d’explorer les archives numériques de la presse Suisse romande en vue d’identifier les thématiques redondantes et de classer par ordre de fréquence les catégories statutaires d’étrangers dont on parle le plus dans les médias helvétiques. Cette étude réalisée sur un corpus[2] composé de 6 quotidiens[3] romands a relevé que cinq thématiques majeures sont fréquemment associées aux migrants : politique, économie, humanitaire, sécurité, société. Chaque thématique centrale peut se subdiviser en sous-thèmes. Par ailleurs, les catégories de migrants les plus évoquées dans la presse romande sont : Réfugiés/asile (635 occ), Frontaliers (418 occ), Clandestins (236 occ), Roms (149 occ). Le graphique suivant illustre bien cette répartition.

 

Partant de ces données, nous avons pris l’initiative d’élargir considérablement notre corpus et notre étude en explorant 24 titres de journaux sur une période préférentielle de 15 ans, dans le but de cerner l’évolution chronologique, éditoriale et contextuelle de la mise en actualité de ces quatre groupes définis dans les médias écrits de la Suisse romande.

 

2. DESCRIPTION SIGNALÉTIQUE DES CATÉGORIES

2.1. Les roms

Autrement dénommés Gitans, Tsiganes, Tchiganes, Manouches,  Romanichels, Bohémiens, etc.,  les Roms sont une minorité ethnique estimée à 10 millions de personnes vivant en Europe. Cette «minorité visible» originaire principalement de la Roumanie et de la Bulgarie, a commencé à circuler partout en Europe avec l’entrée en vigueur des accords de libre circulation de la Communauté Européenne en janvier 2007. Beaucoup d’entre eux vivent en communautés marginales, selon les modes de vie nomades, en voyageant en roulottes ou en caravanes. Voilà pourquoi on les appelle aussi « hommes de voyage ». En Suisse comme partout en Europe, l’actualité des roms porte sur quelques thématiques constantes : démantèlements et évacuations des camps, expulsions forcées ou reconduites à la frontière, chômage et misère, racisme et discrimination, promiscuité et précarité,  conditions sanitaires catastrophiques, réseaux mafieux, délinquance (trafics de métaux, cambriolages, mendicité agressive, pick-pockets ...).

 

2.2. Les frontaliers

D’après les accords bilatéraux passés entre la Suisse et l'Union Européenne, un « frontalier » est une personne qui réside dans un état de l'Union Européenne et qui travaille en Suisse. On reconnait un travailleur frontalier par la détention d’un permis « G ». D’après l’Office Fédéral de la Statistique, au 3ème trimestre 2013, on dénombre 277'352 frontaliers en activité en Suisse, soit 178’412 hommes et 98’945 femmes.  Ces ressortissants de la communauté européenne qui exercent une activité professionnelle en Suisse proviennent de la France (145’393), de l’Allemagne (56’921), de l’Italie (65’658), de l’Autriche (8'119) et des autres pays (1’265). De 2001 à 2013, le nombre de frontaliers a explosé. Ces facteurs sont dus à l’attractivité salariale de la Suisse et au taux d’échange euro/franc favorable. Bien qu’ils contribuent à l’économie des Cantons et de la Confédération, les travailleurs frontaliers font souvent l'objet de représentations négatives, surtout au sein des partis politiques de l’Extrême Droite. À Genève, le MCG (Mouvement Citoyen Genevois) fait campagne contre les frontaliers en utilisant les problèmes de chômage comme conséquence du flux de frontaliers. C'est pourquoi l'image du frontalier est souvent ravalée à celle d’un « mercenaire » qui vient « chercher les hauts salaires genevois, sans subir le coût de la vie à Genève. » Ainsi, les thématiques qui sont le plus souvent associées aux frontaliers dans la presse suisse sont : le chômage des résidents, le dumping salarial, la fiscalité et les assurances sociales, les embouteillages constants, etc.

 

 

 

 

2.3. Les requérants d’asile

Les requérants d’asile sont des personnes menacées ou persécutées dans leurs pays d’origine à cause de leurs opinions politiques, de leurs obédiences religieuses, de leurs appartenances ethniques, raciales ou linguistiques, de leurs orientations sexuelles, etc. et qui cherchent dans un pays d’accueil un refuge. Compte tenu de sa tradition humanitaire[4], la Suisse a toujours accueilli sur son territoire des vagues de réfugiés victimes des guerres, des discriminations, des oppressions, des catastrophes naturelles, des atrocités et de la barbarie humaine. En 2012, 44'300 personnes ont déposé une demande d’asile en Suisse. D’après l’Office Fédéral de la Statistique, ces requérants sont originaires de la Serbie (2.7), de la Somalie (4.3), du Sri Lanka (3.5), de l’Erythrée (5.8) de l’Afghanistan (3.7), de l’Irak (2.8), de la Syrie (2.5), de la Chine (2.3), de la Turquie (1.5) et de l’Angola (1.2). ). Le graphique suivant présente une évolution des demandes d’asile entre 1995 et 2012.

 

Le requérant d’asile en Suisse jouit d’un statut de semi-légitimité, en attendant que lui soit accordé le statut de réfugié, en application à la loi sur l’asile dont la 10ème révision est en cours. Selon la Statistique Policière de la Criminalité (SPC), en 2012, 13% des requérant∙e∙s d’asile ont été inculpées d’un délit (5875 personnes sur un total de 44'863 requérant∙e∙s d’asile). Ces données impliquent logiquement que les thématiques associées aux requérants d’asile soient d’ordres sécuritaires (en priorité), humanitaires, et sociétaux, car il s’agit entre autres de définir les modalités d’intégration de ces personnes dans la société d’accueil. Cependant, la frénésie législative qui entoure la loi sur l’asile place constamment cette question au cœur du débat politique.

 

2.4. Les clandestins

Les clandestins sont des immigrants en situation irrégulière en Suisse ou dans n’importe quel autre pays. On les appelle communément les « sans-papiers ». Se retrouvent dans cette catégorie de « séjour illégal » des étrangers  ne possédant pas les documents de légitimité, les personnes dont la validité des documents est expirée,  les personnes n'ayant pas obtenu le renouvellement de leur titre de séjour, sous le coup d'une interdiction de territoire, ou après une demande d'asile rejetée, les étudiants admis temporairement qui restent en Suisse après la fin de leurs études, des étrangers qui, après avoir obtenu un permis de séjour pour regroupement familial, rompent rapidement l'union conjugale. La politique migratoire de la Suisse prévoit l'expulsion automatique des étrangers en situation irrégulière ou condamnés pour certains crimes, comme la violence sexuelle, le vol, le trafic de stupéfiants ou l'abus de prestations sociales. En 2011, 9461 personnes ont quitté la Suisse par voie aérienne (8059 en 2010). Plus des deux tiers des départs (6669) relevaient de l'asile. «Il s'agit de requérants qui ont obtenu une décision négative ou de « non-entrée en matière», précise Hendrick Krauskopf, spécialiste des mesures de renvoi à l’Office fédéral de la migration (ODM). Les thématiques médiatiques relatives aux clandestins portent sur les risques et périls du voyage, les traitements épouvantables, les délires xénophobes, les détentions administratives, les départs volontaires, les vols spéciaux, les expulsions forcées, la violation des principes constitutionnels et les accords internationaux ratifiés par la Suisse. Cependant, la problématique de la clandestinité en Suisse ne concerne pas exclusivement des étrangers en situation irrégulière, mais aussi des frontaliers suisses qui manquent de civisme. Dans sa publication online du 06/05/2013, le figaro.fr titrait : « Les clandestins suisses se multiplient près des frontières». Cet article dénonce le comportement de certains citoyens suisses  qui «travaillent dans leur pays, mais vivent toute l'année clandestinement dans les communes françaises limitrophes, où les prix de l'immobilier sont moins élevés».

 

 

 

 

3. ETAT DE LA QUESTION, REVUE DE LA LITTERATURE

Les études quantitatives et qualitatives sur les populations migrantes en Suisse sont assez prolifiques. Les statistiques disponibles peuvent être consultées en ligne en interrogeant les documents d’archives et les bases de données numériques de deux organismes institutionnels : ODM[5] et OFS[6]. On pourrait ajouter à ces archives d’autres études sur les votations relatives aux révisions de la « loi sur les étrangers »[7] , de la « loi sur l’asile »[8] et aux « accords bilatéraux »[9] entre la Suisse et l’Union Européenne.   Sur le plan universitaire, les études sur les populations migrantes sont réalisées au sein des instituts spécialisés (FSM)[10] ou des unités de recherches académiques en sciences humaines, sciences sociales, sciences économiques et sciences politiques. Notre page bibliographique comporte plus de détails. Cependant, en dehors des articles de journaux, il existe très peu de recherches scientifiques consacrées à l’étude des représentations véhiculées par les médias sur les roms, les clandestins, les frontaliers et les requérants d’asile. On peut néanmoins citer une étude de Pascal Marchand (2013) dont le titre est assez révélateur (« Roms : des sujets médiatiques ? ») est un traitement de l’actualité hexagonale consacrée à cette communauté stigmatisée sur la base de 4000 articles de presse et d’outils informatiques spécialisés. L’originalité de notre sujet réside dans le fait que c’est la première fois qu’une étude rassemble les quatre catégories de migrants citées et analyse les fluctuations de leurs identités communautaires sur une période de 14 ans.

 

4.  LE CORPUS

Le fonds documentaire que nous allons analyser est un corpus médiatique composé d’articles de journaux dont le volume lexical reste à définir avec précision. Mais dans nos projections, ce volume est estimé à 200'000 mots, environ. Ces archives sont des versions numériques des journaux de la Romandie présélectionnés sur la base du critère de pertinence. La sélection des articles se fait automatiquement à l’aide d’un thesaurus ou un moteur de recherche qui opère le tri en fonction de notre liste de mots-clés. La période concernée par notre investigation s’étend de 2001 à 2013. Cette période se caractérise par l’ouverture des négociations sur les accords bilatéraux entre la Suisse et l’Union Européenne, le renforcement et le durcissement des législations contre l’immigration et la naturalisation facilitée des étrangers de la deuxième génération, la révision de la loi sur l’asile, la résurgence des réflexes xénophobes dans les groupes néonazis, etc. En cette période contemporaine, les drames de l’immigration à Lampeduza au large de la Sicile ont tristement et répétitivement paré les colonnes des journaux. En cette période, les « lois sur la mendicité »[11] ont été promulguées et mises en application dans certains cantons pour dissuader et éloigner les roms devenus « inexpulsables » des centres urbains, et le flux des frontaliers est devenu le cheval de bataille de certains partis politiques qui brandissent la menace de référendums contre les accords bilatéraux. Ainsi, les journaux et magazines dont les articles feront l’objet de nos analyses sont les suivants : 20 minutes – 24 heures – La côte – Le courrier – L’express (Neuchâtel) – L’impartial (Chaux-de-fonds) – Journal du Jura (Bienne) - La Gruyère (Fribourg) – La Liberté (Fribourg) – Le Matin – Le Nouvelliste (Sion) – Le Quotidien Jurassien (Jura) – Le Temps (Genève) – Tribune de Genève (Genève) – Arc Hebdo (Jura) – Swissinfo – Construire – Coopération – Domaine public – Gauchehebdo GHI (Genève) – L’Hebdo – L’illustré…

 

5. PROBLEMATIQUE ET HYPOTHESES D’ANALYSE

La problématique qui sous-tend nos investigations vise à savoir comment la presse Suisse d’expression française traite l’information, l’actualité et les faits divers qui concernent les roms, les clandestins, les frontaliers et les réfugiés sur le territoire helvétique ? Quantitativement et qualitativement, comment cette représentation se structure-t-elle sur le plan du langage et de l’idéologique ? Quels sont les mots et les expressions utilisés par les énonciateurs ou les intervenants pour nommer et qualifier ces catégories de migrants ? À travers les articles et les dossiers que diffuse cette presse, peut-on dresser singulièrement le portrait archétypal de ces quatre communautés de migrants ?

 

La première hypothèse que nous formulons est que dans l’analyse du discours médiatisé, le traitement journalistique d’un évènement dépend de l’idéologie du sujet communicant et de la politique éditoriale du journal (Finkeldei, 1993). Un journal de tendance gauchiste serait plus sensible au sort des migrants ou à la régularisation des sans-papiers, tandis qu’un journal de Droite y verrait « un appel d’air ». Dans cette perspective, notre analyse consistera à identifier les producteurs des discours d’origine (Combettes, 1990) et les modalisateurs des discours rapportés (Culioli, 1990) et à conceptualiser leurs propos. Les producteurs des discours d’origine peuvent être des acteurs politiques, des représentants des organisations internationales, des autorités administratives, des leaders d’opinions, des intellectuels, etc. Les modalisateurs des discours rapportés sont des journalistes dont la trame consiste à reformuler avec plus ou moins de fidélité les paroles des protagonistes qui interagissent dans la mise en scène énonciative. La deuxième hypothèse est que les allusions textuelles aux catégories de populations migrantes ciblées sont inhérentes au flux de l’actualité et se manifestent discursivement par une redondance lexicale. La démarche textométrique permet dans ce cas de figure de modéliser divers niveaux de traitements et de juxtaposer des analyses. Grace aux outils spécialisés, on pourrait par exemple rechercher automatiquement des contextes, des concordances, relever des co-occurrentes, repérer les énonciateurs, étudier les unités linguistiques des discours, (mots, lemmes, codes grammaticaux, enchaînements syntaxiques), évaluer la distance intertextuelle entre les corpus, effectuer des recherches thématiques, construire des graphiques arborés et faire des Analyses Factorielles de Correspondance.

 

 

6. CADRE THÉORIQUE, MÉTHODOLOGIE ET OUTILS D’ANALYSE

Le cadre théorique qui sous-tend nos investigations est l’Analyse du Discours Assistée par Ordinateur (Marchand, 1998). Et les outils que nous allons mettre à contribution pour l’exploration du corpus et  l’extraction d’informations sont trois logiciels ADT : sphinx, hyperbase, iramutech. Les données récoltées et encodées après le balisage du corpus seront soumises à deux types de traitements : L’approche quantitative (Müller, 1977), l’approche qualitative ou thématique (Rastier, 1995). L’approche quantitative consiste à évaluer en termes d’occurrences l’apparition des mots associés distinctement ou conjointement aux différentes catégories de migrants et à en faire une analyse statistique. Cette étude semi-automatisée se fonde sur un dictionnaire correspondant aux différentes catégories. La fréquence avec laquelle des variables associées se trouvent dans le texte sert d’indicateurs pour mesurer la présence et l’intensité de chaque catégorie. L’approche qualitative consiste à analyser le contexte ou l’environnement thématique  des variables associées à chaque catégorie. Elle permet de définir les propriétés et les spécificités de chaque groupe en circonscrivant des zones thématiques. Dans l’approche qualitative, nous étudierons les quatre catégories de migrants en référence à cinq variables thématiques : politique, humanitaire, société, économie, sécurité.

 

 

7. FORMATION DES ÉTUDIANTS ET RECHERCHE

Le volet pédagogique de ce programme prévoit trois activités d’enseignement et de recherche : L’organisation en faveur d’étudiants des séminaires de philologie numérique ou d’archéologie documentaire. L’objectif de ces cours et ateliers est d’initier les jeunes chercheurs à l’utilisation des outils d’exploration des corpus, d’extraction d’informations et d’analyse systématique des ressources textuelles. Ces techniques d’approches auront comme base d’expérimentation des archives numérisées de presse  romande consacrées aux populations migrantes. La constitution et la coordination d’une équipe de recherche sur « les représentations médiatiques des migrants dans la presse suisse». L’animation d’un cours en sociologie de la communication dont le module serait intitulé «Les médias et la construction discursive des identités communautaires». Les synopsis des cours magistraux et méthodologiques que nous proposerons à l’institut-hôte seront divulgués occasionnellement. Ces trois principales activités enrichiront davantage la formation pratique des étudiants et les initieront aux bases de l’analyse informatisée des discours médiatiques. Une telle formation opérationnelle est essentielle aujourd’hui dans le domaine des sciences humaines et sociales où les chercheurs sont de plus en plus confrontés au dépouillement des corpus de plusieurs millions d’archives.

 

 

8. INTÉRÊTS, BÉNÉFICIAIRES, PUBLIC CIBLES

Notre plan de mobilisation des connaissances vise à partager le fruit de cette étude avec le grand public, la communauté scientifique internationale et autres utilisateurs de ces connaissances. Pour répondre à cet objectif, nous prévoyons participer aux forums et aux colloques qui rassemblent des chercheurs multidisciplinaires sur l’étude des flux migratoires. Nous prévoyons aussi la publication de nos analyses dans un numéro d’une revue scientifique spécialisée. Les autres partenaires et organismes intéressés par les résultats de notre projet sont : les chercheurs en philologie numérique, les chaires et les unités de recherche sur les migrations et les populations, les analystes des discours médiatiques, les chercheurs en humanités et en sciences sociales, les archivistes et les assistants en information documentaire, l’ODM, l’OFM, l’OIM et les organismes internationaux en charge des Droits Humains. La base de données constituée et la méthode formalisée serviront de tremplin à d’autres projets de recherche concourant aux représentations des migrants en Suisse.

BIBLIOGRAPHIE

 

1. OUVRAGES ET ARTICLES SUR LES ETRANGERS ET L’IMMIGRATION EN SUISSE

 

BOLZMAN (C) : « De l’intégration à la dissuasion : l’accueil des demandeurs d’asile en Suisse au cours des deux dernières décennies », Travail social, 1994/2

BOLZMAN (C) : « Politique d’asile et trajectoire sociale des réfugiés : une exclusion programmée. » Edition IES Genève

BOLZMAN (C) : Exil, dynamique socioculturelle et participation sociale – le cas de la migration chilienne en Suisse. Thèse de doctorat, université de Genève, 1992.

BOLZMAN (C) : TABIN (J-P), Populations immigrées. Quelle insertion ? Quel travail social ? Genève, Lausanne : Editions IES et Cahiers de l’EESP, 1999

CALOZ-TSCHOPP (M.-C) : Le tamis helvétique. Des réfugiés politiques aux nouveaux réfugiés, 1982.

GAFNER (M.) : « autorisation de séjour en Suisse » Un guide juridique éditer par La Passerelle du centre social protestant et le SAJE (2003)

GRANDJEAN (C) : « L’immigration est aussi un problème humanitaire » Interview, Carrefour, mars 2001.

GRIN (F) et al. : « Les langues de l’immigration au travail. Vers une intégration différentielle ? » Université de Genève, 2000.

HÄSLER (A) : La barque est pleine. La Suisse terre d’asile ? La politique de la Confédération envers les réfugiés, de 1933 à 1945. Zurich Editions M. 1992.

MAILLARD (A) et al. : Faux réfugiés ? La politique suisse de dissuasion d’asile 1979-1999. Lausanne : Edition d’en bas, 1999.

MONNIER (C) : « la régularisation des sans-papiers est une chance pour la Suisse », Carrefour, sept. 2001.

OSAR (E) et al. « Les demandeurs d’asile sur le marché du travail suisse 1996-2000 » Edition FSM Neuchâtel 2002.

TABIN (J.-P) : Les paradoxes de l’intégration- essai sur le rôle de la non- intégration des étrangers pour l’intégration de la société nationale, thèse de doctorat, Université de Fribourg, Editions EESP, Lausanne 1999.

WINDISCH (U) et al : Xénophobie?: logique de la pensée populaire : analyse sociologique du discours des partisans et des adversaires des mouvements xénophobes, Lausanne, l’Âge d’Homme, 1978.

WINDISCH (U) : immigration. Quelle intégration ? Quels droits politiques ? Lausanne, L’Age d’Homme, 2000.

 

2. RECHERCHES ET ETUDES SUR LES FRONTALIERS DANS L’ARC LEMANIQUE

 

FLÜCKIGER (Y) & FERRO-LUZZI (G), Main-d'œuvre frontalière et pratiques d'embauche sur le marché du travail  genevois, Observatoire universitaire de l’emploi, Université de Genève, Juillet 2012 :

http://www.unige.ch/ses/lea/Instituts/oue/Collaborateurs/RGraf/Rapport_frontaliers_final-juillet2012_oue.pdf

ETAT DE VAUD,  Une étude lémanique pour mieux connaitre les frontaliers :

http://www.vd.ch/actualite/articles/une-etude-lemanique-pour-mieux-connaitre-les-frontaliers/

 

 

3. OUVRAGES ET PERIODIQUES SUR LES ROMS ET TSIGANES SUISSES

 

BADER (C ) Les derniers nomades d’Europe, l’Harmattan, 2007

BEYELER (V.- B), Des suisses sans nom, Editions Quart Monde, 1984

MEHR (M), et al., Nomaden in der Schweiz (Sondereinband), Scalo, 1999

STUDER (S), Les tsiganes suisses, La marche vers la reconnaissance, Ed. Réalités sociales, Lausanne, 1987

REVUE « Etudes tsiganes » : http://www.etudestsiganes.asso.fr/

 

 

4. OUVRAGES MÉTHODOLOGIQUES SUR L’ANALYSE DU DISCOURS ET DES DONNÉES TEXTUELLES

 

ADAM, J.-M. & HEIDMANN, R. (Dirs.), Sciences du texte et analyse de discours. Enjeux d’une interdisciplinarité. Genève : Slatkine érudition, 2005.

BENZÉCRI (J.-P.), Pratique de l’analyse des données, Paris, Dunod, 1981.

CARON (J.), Les régulations du discours, Paris, P.U.F., 1983.

CHARAUDEAU (P), Grammaire du sens et de l’expression, Paris, Hachette Éduc., 1992

CHARAUDEAU (P), La presse : produit, production, réception, Paris, Didier Erudition, 2000.

GUILHAUMOU (J). et al., Discours et archives. Expérimentations en analyse de Discours, Liège, Mardaga, 1994.

GUIRAUD (P.) Problèmes et méthodes de la statistique linguistique, Paris : P.U.F. 1960,

HABERT (B.), Les linguistiques de corpus, Paris, Armand Colin, 1997.

LEBART (L.) & SALEM (A) Statistique textuelle, Paris, Dunod, 1994

MAINGUENEAU (M.), Nouvelles tendances en analyse du discours, Paris, Hachette, 1987.

MARCHAND (P), L’analyse du discours assistée par ordinateur, Paris, Armand Colin, 1998

MASSONIE (J.-P.), 1990, Analyse informatisée des textes. Annales littéraires de l'Université de Besançon.

MAYAFRE (D.) 2008, "L'entrelacement lexical des textes, co-occurrences et lexicométrie. "Texte et corpus, n°3 / août 2008. pp.91-102.

MOMHA (M) & KASPARIAN (S), Le discours sur les autochtones dans la presse acadienne et québécoise : analyse ethno-logométrique des modes d’incarnation identitaires et des formes lexico-discursives de marginalisation, ALPA, 2013.

MULLER (Ch.), Initiation aux méthodes de statistique linguistique, Paris, Hachette, 1973.

MULLER (Ch.), Principes et méthodes de statistique lexicale, Paris, Larousse, 1977.

RASTIER (F) Arts et sciences du texte. Paris : Seuil, 2001. 

 

 

5. BASE DE DONNÉES SUR LES POPULATIONS ÉTRANGÈRES EN SUISSE

 

ARCHIVES NUMÉRIQUES DE L’OFS : www.ofs.ch

ARCHIVES NUMÉRIQUE DE L’OFM : www.odm.ch

DÉPARTEMENT FÉDÉRAL DE JUSTICE ET POLICE, Rapport sur les étrangers, 1997.

CONFÉDÉRATION SUISSE, Visage des sans-papiers en Suisse, évolution 2000-2010 Commission Fédérale pour les questions de migration, http://www.ekm.admin.ch/content/dam/data/ekm/dokumentation/materialien/mat_sanspap_f.pdf

BIBLIOGRAPHIE DE L’HISTOIRE SUISSE, 2000 – 2013,

http://www.nb.admin.ch/dokumentation/publikationen/00753/00755/?lang=fr

 

 

6. RECHERCHES ET PUBLICATIONS SCIENTIFIQUES SUR LES POPULATIONS MIGRANTES EN SUISSE

 

PUBLICATIONS DU FORUM SUISSE POUR L’ETUDE DES MIGRATIONS ET DE LA POPULATION, 1995-2013

Base de données : http://www.migration-population.ch/sfm/lang/fr_CH/publications

 

 

 

 



[1] Pour chaque groupe, voir la page bibliographique

[2] Années 2010, 2011

[3] La côte – 24 heures – Le temps – Tribune de Genève – La Liberté – Le Nouvelliste

[4] swissinfo.ch, publication du 14 février 2008 : « La tradition humanitaire, fierté de la Suisse »

[5] Office Fédéral des Migrations

[6] Office Fédéral de la Statistique

[7] 142.20, loi fédérale du 16 décembre 2005 sur les étrangers

[8] Loi sur l’asile (Lasi) 28 septembre 2012

[9] Accords bilatéraux I (1999) ; Accords bilatéraux II (2004)

[10] Forum Suisse pour l’Etude des Migrations et de la Population

[11] Extrait de l’art. 11A de la loi (10106) modifiant la loi genevoise (E4 05) : « celui qui aura mendié sera puni de l'amende. Si l’auteur organise la mendicité d'autrui ou s'il est accompagné d’une ou plusieurs personnes mineures ou dépendantes, l’amende sera de 2'000 F au  moins ».

 

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